Hérault : l’invasion de lapins qui épuise les agriculteurs

Dans l’Hérault, les agriculteurs font face à une prolifération massive de lapins de garenne. Malgré les mesures de régulation, les dégâts sur les cultures et les infrastructures agricoles deviennent insupportables.
Dans l’Hérault, la prolifération incontrôlée de lapins de garenne est devenue un véritable cauchemar pour les exploitants locaux. Ce fléau, qui s’étend désormais du secteur de Montpellier jusqu’au Biterrois, menace la viabilité économique de nombreuses exploitations maraîchères.
Baptiste Aberlenc, maraîcher dans le département, ne cache plus son désarroi face à cette situation qui semble échapper à tout contrôle.. Malgré un investissement personnel de 10 000 euros ces trois dernières années pour sécuriser ses terres, les résultats restent décevants.. « Tous les six mois, ils arrivent à s’adapter à ce qu’on met en place.. On a l’impression qu’on ne va jamais s’en sortir », confie-t-il, illustrant une lassitude partagée par de nombreux collègues.
Une adaptation biologique hors norme
Le problème dépasse le simple grignotage des feuilles de courgettes.. Les rongeurs ciblent désormais les systèmes d’irrigation pour s’abreuver, provoquant des dégâts collatéraux coûteux sur les réseaux de tuyaux.. Le maraîcher décrit une scène presque irréelle : des centaines de lapins massés le long des clôtures, capables de franchir des obstacles d’un mètre cinquante de haut avec une agilité déconcertante.. Cette résilience biologique rend les méthodes de protection classiques, comme le grillage, largement inopérantes face à des populations qui semblent s’adapter en temps réel aux dispositifs de défense.
Si les chasseurs ont déjà neutralisé environ 15 000 individus à Mauguio l’an dernier, ce chiffre paraît dérisoire au regard de la démographie galopante de l’espèce.. Les estimations officieuses suggèrent une population totale sept fois plus importante dans certaines zones, soulignant l’urgence d’un recensement scientifique fiable pour mieux cibler les interventions.
Une réponse administrative sous pression
Face à l’exaspération du monde agricole, la préfecture de l’Hérault a dû muscler son dispositif.. Un plan d’action, prévu pour durer jusqu’en 2027, a été déployé.. Depuis janvier, 72 arrêtés de capture ont déjà été signés, frôlant le total de l’année précédente.. Des renforts de louvetiers sont également dépêchés sur le terrain pour prêter main-forte aux opérations de régulation administrative.
La tension est telle que des mesures radicales ont été évoquées lors des récentes réunions en préfecture, incluant des appels à une implication plus forte des autorités.. La préfète Chantal Mauchet insiste toutefois sur une approche coordonnée : « Tous les outils réglementaires possibles ont été mobilisés.. Seule la mise en œuvre complète du plan lapin par tous les acteurs peut atténuer cette nuisance.. »
L’impact de cette prolifération dépasse la seule question agronomique.. Il soulève le défi de la cohabitation entre la faune sauvage et l’activité humaine en milieu périurbain, où les espaces agricoles sont de plus en plus fragmentés.. Pour les exploitants, cette lutte est devenue une épreuve d’usure psychologique et financière.. Si aucune solution miracle n’est en vue, c’est l’avenir même de certaines filières locales qui reste en suspens, alors que le calendrier agricole, lui, n’attend pas la fin des procédures administratives pour exiger des récoltes protégées.