Compte rendu du conseil des ministres du 24 avril 2026 : réserve militaire et budget

Le Conseil des ministres a validé un projet de réserve militaire, adopté le DPBEP 2027-2029 et avancé deux ratifications pour une radio et une télévision confédérales.
Le Conseil des ministres s’est réuni à Bobo-Dioulasso et a arrêté, en séance ordinaire, plusieurs décisions clés, mêlant sécurité, finances et coopération régionale.
Sécurité : une réserve militaire à deux niveaux
Concrètement, le texte prévoit un cadre juridique structuré autour de deux composantes.. D’abord, une réserve de premier ordre, composée de personnels ayant une expérience militaire et pouvant être mobilisés rapidement.. Ensuite, une réserve de second ordre, constituée de citoyens appelés à être formés afin de renforcer progressivement les capacités de défense.. L’objectif affiché est de doter le pays d’un instrument stratégique, cohérent avec les orientations politiques en vigueur et surtout adapté à un environnement sécuritaire décrit comme en mutation.
Sur le plan pratique, ce type de dispositif ne se limite pas à une annonce.. Il suppose une capacité à sélectionner, encadrer, former et maintenir des effectifs sans désorganiser l’emploi civil.. Pour les familles et les communautés, la perspective d’une mobilisation plus structurée peut aussi modifier les rythmes de vie : absences temporaires, obligations administratives, et attentes fortes autour de la formation et des conditions d’emploi..
Finances publiques : le DPBEP 2027-2029 et ses scénarios
Le DPBEP repose sur trois scénarios : optimiste, pessimiste et de base.. Le scénario de base est construit avec l’idée d’une reconquête du territoire qui continue à se renforcer, et d’une campagne agricole jugée favorable.. L’économie serait alors orientée vers une croissance projetée à 6,1% en 2027, 5,5% en 2028 et 5,3% en 2029.. Les recettes budgétaires totales seraient portées à 3 924,3 milliards F CFA en 2027, puis 4 328,8 milliards F CFA en 2028 et 4 686,4 milliards F CFA en 2029.
Les dépenses budgétaires totales sont également détaillées : 4 543,3 milliards F CFA en 2027, 4 992,2 milliards F CFA en 2028 et 5 403,6 milliards F CFA en 2029.. Le document aborde aussi l’épargne budgétaire et le déficit, avec une trajectoire présentée comme compatible avec des objectifs macroéconomiques, le déficit rapporté au PIB étant estimé autour de 2,8% puis 2,9% selon les années.
Ce qui compte ici, au-delà des chiffres, c’est la logique de pilotage.. Les ambitions annoncées reposent sur une discipline accrue à la fois dans la programmation et dans l’exécution budgétaires, avec un accent sur la gestion efficace des investissements structurants.. En clair, la trajectoire ne “tient” que si les décisions suivies sur le papier se retrouvent dans les dépenses réellement exécutées, au bon rythme et dans les bons secteurs.
Coopération régionale et ajustements dans les entreprises publiques
Le second projet vise la Télévision de la Confédération des Etats du Sahel, « Tafouk TV », présentée comme un “Soleil” en langue tamasheq.. L’objectif mis en avant est double : valoriser les cultures et les langues partagées, tout en renforçant le dialogue entre communautés.. Le Conseil a marqué son accord pour transmettre ces projets à l’Assemblée législative du Peuple.
Enfin, sur le volet industrie et commerce, un décret a été adopté pour modifier les modalités de fixation des rémunérations de plusieurs catégories de structures publiques.. Le texte vise à harmoniser les rémunérations et à réduire les disparités salariales.. Parmi les innovations mentionnées : la consécration d’une catégorie d’emplois d’exécution sans qualification préalable mais demandant une adaptation professionnelle, la création d’une nouvelle catégorie liée notamment à des activités comme le fouillage, le terrassement, le nettoiement et le débroussaillage, et la prise en compte de personnel spécifique dans les grilles salariales et indemnitaires.. Le décret prévoit aussi un référentiel unique de reversement dans les grilles, sous une logique de masse salariale soutenable.
Dans un pays où les services publics sont au contact direct des citoyens, l’harmonisation des rémunérations peut calmer des tensions internes et clarifier les parcours professionnels.. Mais elle pose aussi une question de suivi : sans calendrier et critères opérationnels, les dispositifs risquent de créer de nouvelles zones grises.. C’est là que la mise en œuvre fera la différence entre une réforme perçue comme cohérente et une réforme qui ne change pas vraiment le quotidien.
Communications orales : fonds patriotique, fichier de paie et contrôles
La communication a aussi abordé les travaux de rapprochement du fichier de paie et des registres de personnel des ministères et institutions.. Le constat mentionne plusieurs catégories de situations : des agents présents dans les registres mais absents de la paie, des agents retrouvés dans les deux bases, et d’autres payés via le SIGASPE sans apparaître dans les registres transmis.. L’analyse approfondie aurait permis d’identifier des irrégularités touchant des cas de cessations d’activité, des décès, des retraites, des abandons de poste ou des situations administratives non conformes, avec des suspensions de salaires.
Ce type de contrôle n’est pas neutre socialement : il concerne des personnes, parfois dans des situations sensibles, et implique de vérifier sans précipitation.. Mais il a aussi une portée budgétaire directe, car les mesures annoncées visent à éviter des paiements indus et à récupérer des montants estimés.. Au final, cela rejoint une question de gouvernance : quand la paie est mieux “verrouillée”, c’est l’espace budgétaire qui se libère, et donc la capacité à financer des priorités.
# Nominations et administration : des ajustements à plusieurs niveaux
Dans les conseils d’administration, plusieurs structures ont vu des administrateurs nommés, dont l’ENESA, le FBDES Tõogo, l’INSD et l’ONASSIM.. La logique semble chercher l’équilibre entre continuité et renouvellement des équipes, dans un contexte où la réforme des règles de gestion et la programmation budgétaire exigent des relais administratifs efficaces.