General News

Kenya : le paternalisme français s’invite au sommet Africa Forward

Le sommet Africa Forward à Nairobi, censé marquer un renouveau dans les relations franco-africaines, a été entaché par deux incidents impliquant Emmanuel Macron, ravivant les critiques sur le paternalisme de Paris.

Nairobi, 11 mai 2026 — Le sommet franco-africain Africa Forward, organisé les 11 et 12 mai à Nairobi pour marquer un supposé tournant dans les relations entre la France et le continent africain, a produit l’effet inverse de celui escompté.. En l’espace de quelques heures, deux séquences impliquant Emmanuel Macron ont enflammé les réseaux sociaux africains et relancé un débat que Paris croyait peut-être pouvoir refermer : celui du paternalisme français en Afrique.. Un micro

saisi, une salle médusée Tout commence lors d’une session consacrée à la culture et à la jeunesse, à l’Université de Nairobi.. Assis au premier rang, Emmanuel Macron se lève brusquement, monte sur scène et prend le microphone des mains d’une oratrice encore en plein discours.. « Déjà ?. Vous n’attendez pas votre tour ?. », lui lance-t-elle, interdite, avant de lui céder la parole.. Le président français s’adresse alors à l’assemblée en anglais : «

Excusez-moi tout le monde.. Je suis désolé, mais c’est impossible de parler culture avec autant de bruit.. C’est un total manque de respect.. » Il suggère à ceux qui souhaitent tenir des conversations bilatérales de rejoindre les salles de réunion à l’extérieur.. La scène, captée en vidéo et largement relayée, devient virale en quelques heures.. Quelques instants plus tard, lorsque Macron reprend la parole et que le bruit revient, il refuse de s’exprimer et ironise

: « Le silence fait généralement taire le bruit.. » « Nous sommes les vrais panafricanistes » La deuxième séquence intervient lors de la conférence de presse conjointe avec le président kényan William Ruto.. Interrogé sur le retrait militaire français du Mali, du Burkina Faso et du Niger, Emmanuel Macron déclare n’avoir jamais considéré l’Afrique francophone comme un pré carré et lâche une formule aussitôt jugée provocatrice : « Nous sommes les vrais panafricanistes.. »

Le sommet Africa Forward réunit plus de trente chefs d’État africains et est présenté par Paris comme une plateforme de partenariat d’égal à égal avec l’Afrique, après des années de recul de l’influence française au Sahel.. En marge du sommet, 23 milliards d’euros d’investissements ont été annoncés, dont 14 milliards d’origine française.. Une loi sur les restitutions culturelles africaines a par ailleurs été promulguée la veille de l’ouverture, présentée comme un geste de rupture avec

l’héritage colonial.. Des voix africaines s’élèvent Les deux séquences ont déclenché une vague de réactions sur le continent.. Sur X, Fadzayi Mahere, ancienne députée zimbabwéenne, interpelle directement le chef de l’État français : « Avec tout le respect que je vous dois, je ne pense pas qu’il soit approprié de venir sur notre continent pour parler aux gens de cette façon.. Ils ne sont pas vos enfants.. Ne soyez pas condescendant.. Imaginez qu’un invité d’État

fasse la même chose dans votre pays.. Est-ce que ça passerait ?. » Au Kenya même, Miguna Miguna, avocat kényano-canadien suivi par 3,1 millions d’abonnés et candidat déclaré à la présidentielle de 2027, tranche : « Les Africains n’ont pas besoin de la permission d’Emmanuel Macron pour parler en Afrique.. » Le Standard Media, l’un des principaux quotidiens kényans, estime que l’échange a jeté une ombre inhabituelle sur le sommet, notant que des groupes de

la société civile ont qualifié l’événement de réingénierie de l’impérialisme.. Sur le plan politique intérieur, Kalonzo Musyoka, chef de l’opposition kényane, avait dès la veille dénoncé le choix du pays hôte, affirmant que Nairobi n’avait été retenu qu’en raison des divisions au sein des nations francophones africaines.. « Il y a beaucoup de réalignements en Afrique de l’Ouest, et c’est ainsi qu’ils ont convaincu Ruto d’accueillir l’événement au Kenya », a-t-il déclaré, ajoutant : «

Il y aura un air de prétention que nous sommes une nation unie.. Nous savons que c’est loin de la vérité.. » Nabourema : « Ce n’est pas un accident de parcours, c’est une culture » Parmi les réactions les plus remarquées figure celle de Farida Bemba Nabourema, militante panafricaniste togolaise de renommée internationale.. Née en 1990 à Lomé, cette fille de dissident politique a fondé à 20 ans le mouvement « Faure Must Go

» contre la dictature de Faure Gnassingbé au Togo.. Chercheuse au United States Institute of Peace, ancienne directrice de l’Association pour les Droits des Femmes dans le Développement (AWID), classée parmi les 100 personnes les plus influentes au monde en matière de politique du genre par l’organisation Apolitical en 2021, et distinguée par le magazine Time en 2018 parmi les quatre militants maintenant vivant le rêve de la démocratie en Afrique, Farida Bemba Nabourema est

l’une des voix panafricanistes les plus écoutées sur le continent.. Sa réaction à l’incident du sommet de Nairobi dépasse le simple commentaire conjoncturel.. Elle y voit la confirmation d’un schéma historique : « C’est peut-être la première fois que les Africains non francophones sont témoins de toute la profondeur de la condescendance présidentielle française, mais pour nous, ça a toujours été ainsi.. Nicolas Sarkozy est entré dans une salle pleine d’étudiants universitaires à Dakar en

2007 et a déclaré que « l’homme africain n’était pas encore entré dans l’histoire ».. Emmanuel Macron a demandé à Roch Marc Christian Kaboré, alors président du Burkina Faso, d’aller lui réparer la climatisation lors d’une conférence de presse en 2017, puis a publiquement humilié Tshisekedi en RDC en 2020.. Ce ne sont pas des moments isolés de mauvais jugement.. C’est un schéma.. L’infantilisation des Africains n’est pas l’échec d’un caractère présidentiel français.. C’est une

caractéristique de la culture présidentielle française, si profondément ancrée dans la relation entre la France et ses anciennes colonies que ces hommes ne peuvent pas la réprimer même lorsque les caméras tournent et que le monde entier regarde.. Ils n’ont jamais été formés à nous voir comme des égaux.. Et ça se voit, à chaque fois, sans exception, quel que soit le président français qui occupe la salle.. » Une ironie symbolique Plusieurs observateurs ont

relevé une ironie centrale : Emmanuel Macron s’était rendu au Kenya précisément pour incarner une France nouvelle, débarrassée de ses vieux réflexes post-coloniaux.. Le choix de Nairobi, première capitale anglophone à accueillir un tel sommet, constituait en lui-même un signal fort de cette volonté de rupture.. Deux séquences auront suffi à réactiver, aux yeux de nombreux Africains, des représentations que cinquante ans de discours sur le partenariat rénové n’ont pas effacées.

Kenya, Macron, Africa Forward, paternalisme français, relations franco-africaines, diplomatie, Afrique

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Are you human? Please solve:Captcha


Secret Link