D’un salon d’hommes à l’avant-garde des artistes

Comment, de « simple » coiffeur, devient-on le complice des plus grands artistes avant-gardistes ? C’est l’histoire fascinante de Jean Marchetti, né en plein Borinage et que rien ne semblait destiner à devenir galeriste, éditeur, passeur d’art réputé et ce, depuis 50 ans. Je suis né en 1952 à Boussu. Côté maternel, mon grand-père venait non loin de Catane en Sicile. Côté paternel, mon géniteur (mon père nous a abandonnés) venait de Sondrio, en Lombardie. Mes grands-parents et ma mère avaient très peu de moyens.
Mon frère et moi avons été placés dans un orphelinat à Boussu avant de rejoindre le foyer des orphelins de la Cité joyeuse, à Molenbeek jusqu’à ce que maman puisse nous reprendre. Je suis devenu coiffeur par « transgression ». À 14 ans, dans mon école de garçons à Ixelles, j’ai en effet découvert que les filles suivaient une formation en coiffure dans une école voisine. Je suis quelqu’un d’extrêmement curieux et j’ai bravé l’interdit en les rejoignant. Six mois plus tard, j’étais le chouchou
de ces demoiselles. J’ai d’abord oeuvré comme apprenti dans un salon pour dames. Quand j’ai commencé à travailler chez un coiffeur qui ouvrait une section « hommes », j’étais désormais capable de coiffer parfaitement les cheveux longs. Du coup, j’étais apprécié des jeunes et des artistes par rapport aux coiffeurs plus classiques avaient du mal avec les nouvelles générations. Mais avec l’instauration de la TVA, je me suis retrouvé sans emploi. J’ai travaillé quelque temps dans le monde de la décoration, secteur en vogue. Un
jour, un de mes amis me signale qu’un salon de coiffure de la rue de l’Hôtel des Monnaies à Saint-Gilles cherche un ouvrier. Je me présente et j’accepte d’être payé 300 francs par jour au lieu de 350, à condition que le patron ne soit pas constamment « dans mes pieds ». En trois mois, j’ai quintuplé le chiffre d’affaires. En 1973, j’ai racheté le salon. J’avais 21 ans. Le salon ne comptait alors qu’un seul siège et c’est toujours le cas aujourd’hui.
Jean Marchetti, coiffeur, avant-garde, artistes, Borinage, Boussu, Saint-Gilles, Molenbeek, orphelinat, TVA, rue de l’Hôtel des Monnaies