Changement de nom à Penka-Michel : un débat historique et citoyen

À Penka-Michel, dans la Menoua, un collectif citoyen exige le changement du nom de l'arrondissement pour rompre avec un passé colonial douloureux et controversé.
Le nom de l’arrondissement de Penka-Michel, dans la Menoua, est au cœur d’une controverse qui monte.. Un collectif citoyen, porté par l’Association Kwemtche et des ressortissants de Baloum, Bansoa, Bamendou et Balessing, réclame officiellement une redénomination.. Derrière la question du nom, c’est toute une mémoire de la guerre d’indépendance camerounaise qui remonte à la surface.. Un nom, une histoire que beaucoup refusent d’oublier Le dossier historique est lourd.. Entre 1955 et 1971, le site de
Penka-Michel a servi de centre de regroupement forcé pendant la guerre d’indépendance.. Selon les travaux de chercheurs ayant travaillé sur cette période, dont Achille Mbembe et les auteurs de « Cameroun : le livre noir », au moins 9 000 personnes y auraient été déportées dans des conditions inhumaines.. Beaucoup n’en sont pas revenus.. Le chef dont l’arrondissement porte le nom est, selon les sources historiques disponibles, associé à une collaboration avec l’administration coloniale française
dans la répression du nationalisme camerounais.. Ces éléments ont été partiellement documentés dans le cadre des travaux de la Commission mixte franco-camerounaise.. Voilà le fond du problème.. L’Association Kwemtche a pris soin de préciser qu’elle ne se substitue à aucune autorité traditionnelle.. La démarche est citoyenne, adressée aux autorités de la République, et s’appuie sur une consultation populaire en deux étapes : propositions libres pendant trois semaines, puis vote sur une liste restreinte.. Un dossier
argumentatif complet doit être remis aux autorités compétentes.. Des voix multiples, un territoire qui cherche son nom Les réactions des populations concernées donnent une image plus complexe que le simple face-à-face entre pro et anti.. Certains, comme ce ressortissant qui brandit un acte de naissance de 1962 au nom du « district de Bansoa », soutiennent sans réserve.. D’autres rappellent que « Bansoa-Penka-Michel est un référentiel historique » et appellent à dépasser les « querelles
de bas-étage ».. Plusieurs noms circulent déjà.. « Bansoa », porté par certains au motif que ce groupement est le plus peuplé des quatre.. « Wouassa », du nom d’un cours d’eau local.. D’autres encore suggèrent de s’appuyer sur les reliefs ou les noms de quartiers existants.. L’exemple de Victoria devenue Limbé revient souvent dans les échanges pour monttre qu’un changement de nom n’efface pas les documents antérieurs.. On ne sait pas encore si les
chefferies supérieures se prononceront formellement.. Leur silence, ou leur prise de position, pèsera lourd dans la suite du processus.. C’est précisément là que tout se jouera.
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