Lettre aux affiliés: BIM, MR et socialistes flamands se heurtent

Les mutuelles ont rarement été aussi contestées politiquement. Le gouvernement Arizona entend clairement y mettre de l’ordre, accusant celles-ci d’entretenir une certaine opacité, notamment au regard du nombre assez hallucinant – 600.000 personnes – de malades de longue durée en Belgique. Dernière polémique en date : le fameux statut BIM. Un « bénéficiaire d’intervention majorée » a, pour faire court, droit à une intervention plus importante de la mutualité pour le remboursement de ses soins de santé au sens large (médecin, hôpital, médicaments…) ainsi qu’à
certains avantages sociaux. Ce système est au cœur des débats. Le MR a déjà déposé une proposition de loi pour réformer les critères d’octroi, le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke également. Il faut dire qu’on ne peut plus se contenter de le laisser tel quel. Selon les statistiques de l’INAMI, au 31 décembre 2025, la Belgique comptait plus de 2,5 millions de bénéficiaires du statut BIM, soit plus de 21 % de la population belge ! C’est, là aussi, énorme en proportion.Outre le débat
quant à la nécessité de changer le modèle, il y a un autre élément qui est apparu ces derniers jours, à savoir le démarchage des mutualités envers leurs affiliés. En début de semaine, Sudinfo récoltait ainsi le témoignage d’un Liégeois, entrepreneur plutôt aisé et propriétaire de plusieurs biens immobiliers. Ce dernier a répondu qu’il n’était pas intéressé, mais s’étonnait de voir que sa mutualité le contactait à ce sujet. Second exemple : la ministre des PME et des Classes moyennes ! Éléonore Simonet, en date
du 16 septembre 2025, soit sept mois après être devenue ministre, a reçu un courrier de sa mutualité pour exactement la même chose : étudier la possibilité de savoir si elle pouvait bénéficier du statut BIM !Rififi au sein de l’ArizonaAvouons qu’il est pour le moins surprenant de voir de tels profils contactés, pour ne pas dire démarchés ! Le ministre de la Santé a préféré balayer cela d’un revers de la main, accusant quasiment sa collègue ministre au sein de l’Arizona de ne pas
avoir déclaré ses revenus. « Mme Simonet a reçu cette lettre d’invitation sur la base des données fiscales connues pour l’année 2024. À l’époque, elle était avocate et députée. Je ne me prononcerai pas sur ses revenus déclarés en tant qu’avocate – peut-être doit-elle éclaircir cela –, mais les revenus parlementaires ne sont pas repris dans le flux fiscal classique. » L’administration fiscale n’a donc pas tenu compte, lors de la notification à la mutualité, de son revenu parlementaire. « La mutualité a envoyé le
courrier sur la base des données connues. Cette lettre d’invitation n’aurait jamais été envoyée si la mutualité avait pu obtenir des signaux des bases de données disponibles concernant l’ensemble de ses revenus ». Faux, rétorque Éléonore Simonet, qui précise : « En 2025, j’étais ministre. En 2024, j’étais avocate et députée. Ces éléments et revenus liés sont connus de l’administration. »Entre collègues de gouvernement, on a déjà connu une entente plus cordiale… Ceci étant, sans se prononcer sur les différentes réformes proposées concernant les critères
d’octroi du statut BIM, il y a de quoi s’interroger sur le processus. « Il ne s’agit en aucun cas d’une démarche commerciale, mais d’une démarche proactive de protection sociale », se défendent les mutualités. Mais pour Éléonore Simonet, « analyser ma situation afin de savoir si je rentre dans les conditions d’octroi du statut BIM n’est pas normal. La démarche proactive menée par les mutuelles doit pouvoir être contestée. »Plusieurs propositions pour réformerAlors, soyons clairs : pas plus l’entrepreneur liégeois que la ministre n’aurait
bénéficié du statut, c’est l’évidence même. Pour autant, on ne peut plus se permettre de rester dans le statu quo actuel. MR et Vooruit doivent accorder leurs violons s’ils veulent enfin avancer sur le sujet pour qu’on en revienne au point central : stopper les abus, recentrer le rôle des mutuelles et faire en sorte que seuls ceux qui en ont réellement besoin bénéficient dudit statut BIM.Reste qu’au-delà du fond du dossier, cette passe d’armes entre Frank Vandenbroucke et Éléonore Simonet illustre un nouveau point
de tension au sein de l’Arizona, dont les équilibres apparaissent parfois aussi fragiles que les réformes qu’elle entend mener.
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