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« Où vont nos impôts ? » : Le cri d’alarme des contribuables

Entre infrastructures dégradées et services publics défaillants, les citoyens burundais s'interrogent sur l'usage réel de leurs impôts. Analyse d'un malaise croissant.

« Où vont nos impôts ?. » Cette question, simple en apparence, devient une source de frustration quotidienne pour de nombreux citoyens.. C.H., commerçant au cœur de Bujumbura, ne cache plus son amertume : « Les agents de l’OBR sont toujours au rendez-vous lorsqu’il s’agit de prélever l’impôt.. Pourtant, dans mon quartier, l’eau manque cruellement, et ce n’est pas un problème nouveau.. »

Ce sentiment d’incompréhension est largement partagé.. À travers la ville, des citoyens comme J.M., commerçante au Bujumbura City Market, voient leurs revenus grignotés par l’inflation et la pénurie de carburant, sans percevoir les bénéfices de leurs contributions dans les services de santé ou l’état des routes.. Pour beaucoup, le contrat social semble rompu : le citoyen s’acquitte de son devoir fiscal, mais l’État peine à garantir les prestations de base en retour.

Le fossé entre perception et gestion publique

Du côté des autorités, l’Office Burundais des Recettes (OBR) défend une vision strictement comptable.. Stany Ngendakumana, porte-parole de l’institution, rappelle le principe d’unicité de la caisse publique.. Selon lui, les fonds collectés sont centralisés pour financer des priorités nationales, qui ne coïncident pas toujours avec les attentes locales immédiates.. « La priorité est donnée à des chantiers nationaux, et le tour de chaque projet viendra selon la planification budgétaire », explique-t-il.. Cette approche, bien que conforme aux règles de la comptabilité publique, se heurte à une réalité de terrain où l’usure des véhicules et le coût des soins de santé pèsent lourdement sur les ménages.

Vers une déficience fiscale systémique ?

L’économiste Diomède Ninteretse avertit : cette opacité dans la gestion est une véritable « bombe à retardement ».. Lorsque l’impôt ne se traduit pas par des résultats visibles, il perd sa légitimité sociale et bascule vers une forme de « ras-le-bol fiscal silencieux ».. « Si le citoyen ne voit pas de retour concret, il finit par chercher des stratégies d’évitement, ce qui favorise l’expansion du secteur informel au détriment de l’économie nationale », analyse-t-il.. Ce phénomène risque d’affaiblir durablement les capacités de financement de l’État.

Au-delà du transport et des infrastructures, c’est tout le modèle de gouvernance qui est remis en question par des experts comme Faustin Ndikumana, de la Parcem.. Pour lui, la solution ne réside pas dans une pression fiscale accrue, mais dans une réforme structurelle de la dépense.. La multiplication des dépenses de prestige et les fuites liées aux détournements, souvent impunies, contrastent violemment avec les besoins criants des secteurs de l’éducation et de la santé.. La transparence, autrefois considérée comme une option, est devenue une obligation légale et politique pour restaurer le lien de confiance entre l’État et ses contribuables.

En fin de compte, l’impôt n’est pas qu’une simple transaction financière.. Il est le ciment de la citoyenneté.. Pour que ce ciment ne se fissure pas davantage, l’administration doit faire preuve d’une redevabilité exemplaire.. Le citoyen burundais ne demande pas seulement de payer, il exige de voir, dans ses écoles, ses hôpitaux et ses routes, la traduction concrète de ses efforts financiers.