France

Cannes mise sur l’animation et pousse Annecy vers l’avenir

“Je suis très impressionné. Je suis très touché. D’autant que quand on fait des films d’animation, on a le prix du meilleur film d’animation. Et là, ça change un petit peu”, s’est réjoui Louis Clichy le réalisateur du long métrage d’animation, Le Corset qui est reparti du Festival de Cannes avec le Prix spécial du jury à Un Certain Regard. La reconnaissance de ce formidable récit, dont le héros est un petit garçon de 11 ans obligé de porter un corset pour rester droit avec

en toile de fond les difficultés du monde agricole, sonne aussi comme celle du dynamisme de la création française qui, notamment depuis ces deux dernières décennies, ne cesse de proposer des productions toujours plus ambitieuses.La Section officielle du Festival de Cannes et les sections parallèles s’en sont fait une formidable caisse de résonance cette année en programmant ces œuvres dans des sections où on a peu ou pas l’habitude de les voir. Séance de minuit donc pour Jim Queen de Marco Nguyen et de Nicolas

Athane qui a fait rire la Croisette aux éclats, ouverture confiée pour la première fois à un film d’animation à la Semaine de la critique qui a projeté le tendre et poignant In Waves signé Phuong Mai Nguyen ou encore la clôture de la Quinzaine des cinéastes pour le premier long métrage d’animation de Quentin Dupieux. Les doubles fictionnels 3D d’Alain Chabat (Jacques) et de Jonathan Cohen (Bruno) y dissertent sur le fait que le monde vit dans une vaste simulation.De l’animation à tous les

étagesLes festivaliers ont pu également découvrir en séance spéciale Lucy Lost de Olivier Clert, une réflexion originale sur les conséquences des traumatismes à travers le portrait d’une enfant ostracisée pour sa différence. Tout comme Tangles de la Canadienne Leah Nelson, un film d’animation en noir et blanc qui raconte l’histoire de Sarah de retour dans le village de son enfance pour s’occuper de sa mère souffrant de la maladie d’Alzheimer. À cela s’ajoutent tous les autres films en compétition, notamment les courts, dans les différentes

sections.Pour le Festival de Cannes, cette profusion de films d’animation dans sa sélection officielle n’est pas à analyser comme une mise en avant de ce cinéma mais comme une réaction normale face à des œuvres “qui s’imposent”. Du côté du marché du film, il a été aussi beaucoup question d’animation avec le lancement cette année de Cannes Animation, programme sur trois jours dont le cœur reste l’ “Annecy Animation Showcase” organisé en partenariat avec le Festival du film d’animation. En outre, le Japon, patrie de

l’anime, était à l’honneur de ce rendez-vous incontournable des professionnels du cinéma.À la Semaine critique, c’est In Waves qui s’est imposé. “Et nous débutons pour la première fois avec un film d’animation”, a lancé fièrement Ava Cahan, la déléguée générale de la Semaine de la critique, lors de la cérémonie d’ouverture de cette section parallèle du Festival de Cannes en le présentant mercredi 13 mai.Adaptation du roman graphique éponyme de l’Américain AJ Dungo, le long métrage raconte une histoire d’amour entre un jeune skateur et

une jeune surfeuse, sous le soleil de Californie, dans laquelle la maladie va s’immiscer. La bande originale de ce récit intime, qui est celui de l’auteur du roman graphique,est signée par Rob et la chanteuse Oklou qui avait interprété une chanson des Beatles avec Teodora à la cérémonie d’ouverture du Festival de Cannes.De son côté, en annonçant les films sélectionnés à la Quinzaine des cinéastes, son délégué général Julien Rejl avait souligné la forte présence des documentaires et des films d’animation, un choix qui s’inscrit

dans “l’envie de leur donner une place à Cannes”. Côté longs métrages, outre le dernier projet de Quentin Dupieux, la sélection comprenait Un monde entre nous (We are Aliens), premier long métrage d’animation du Japonais Kohei Kadowaki et Carmen, l’oiseau rebelle, de Sébastien Laudenbach, César du meilleur film d’animation en 2024 pour Linda veut du poulet réalisée avec Chiara Malta.Le dernier long métrage de Laudenbac est une adaptation libre, qui s’inspire à la fois de l’opéra de Bizet et de la nouvelle de Prosper Mérimée.

L’histoire de la flamboyante Carmen, à qui Camelia Jordana prête sa voix, est racontée à travers le point de vue d’une bande d’enfants qui s’évertuent à la protéger dans les ruelles de Séville. À lire aussi “Carmen, l’oiseau rebelle”, le film d’animation qui revisite l’œuvre de Georges Bizet avec éclat, présenté à Cannes Pour le directeur du Festival du film d’animation d’Annecy, Mickaël Marin, cette forte présence du cinéma d’animation sur la Croisette est la preuve qu’Annecy “a bien travaillé”. “Depuis 1960 et singulièrement depuis

ces vingt dernières années”, au national et international, Annecy “a participé au développement du secteur” entre son festival et son marché en mettant en place des dispositifs pour accompagner les projets. “Nous intervenons sur le temps long du cinéma d’animation”, résume-t-il.”Le développement d’Annecy est à l’image ou un effet miroir de celui des films d’animation à travers le monde”, ajoute le patron du Festival. En France, indique le CNC dans son dernier rapport sur le secteur, “le dynamisme de la production cinématographique se maintient” :

13 films en 2024 et 18 en 2024. Des productions qui s’exportent bien. L’exposition offerte à Cannes à un film d’animation et “derrière la double lame des salles d’Annecy”, fait remarquer Mickaël Marin, “propulse” l’œuvre de “manière phénoménale” à l’international.À l’heure où le modèle de financement du cinéma est remis en cause, notamment par l’extrême droite, alors qu’il fonctionne bien et qu’il a valu plusieurs nominations françaises aux Oscars, le directeur du Festival d’Annecy souligne que “la France a créé pour son cinéma, et en

particulier pour son cinéma d’animation, au niveau national via le CNC [Centre national du cinéma et de l’image animée] et aussi au niveau territorial, un écosystème favorable au développement et l’émergence d’artistes”. Cet écosystème “vertueux” est le produit d’une volonté politique qui date des années 80 et qui a contribué “à accélérer” la production ses vingt dernières années.Le lieu de tous les récits”On a cette capacité, en France, de développer un tissu industriel autour du cinéma d’animation au service d’une vision différente de celle des

Anglo-Saxons”, explique le directeur du Festival d’Annecy. Une vision “plus centrée sur l’auteur” qui n’empêche pas d’attirer les spectateurs dans les salles. L’animation “va continuer à tirer son épingle de jeu” avec la formule inaugurée par Arco, qui a déroché le Grand Prix du Festival d’Annecy l’année dernière, et Amélie et la Métaphysique des tubes qui ont également représenté la France aux Oscars. “On a eu à la fois une vision d’auteur et on a réussi à toucher un public” qui a, lui aussi, “un

regard différent, qui a cette culture qui va de l’animation à la vue réelle en passant par le jeu vidéo ou la réalité virtuelle”, note Mickaël Marin. Résultat : les spectateurs ne s’attachent plus à la technique mais à l’histoire.Le succès de l’animation française tient aussi à ses récits. “On a commencé à sortir de plus en plus du divertissement ou de l’animation faite pour les enfants ou pour les familles” pour tendre vers “un cinéma pour les adultes”. “On l’a vu à Cannes et

on le verra à Annecy en juin prochain, le cinéma d’animation aborde tous les sujets”. De plus, “on a eu une génération d’auteurs et d’autrices, qui est portée aussi par des producteurs et des productrices, qui ont eu envie d’utiliser l’outil cinéma d’animation, les techniques d’animation pour raconter une histoire (. ) Il y a des choses que l’on se serait interdit de faire au début des années 2000 ou 2010”. Illustration avec le héros de Jim Queen, icône sexy de la scène gay parisienne

frappée de l’hétérose, une maladie qui transforme les hommes homosexuels en hétérosexuels. La comédie suit les pérégrinations de Jim pour empêcher l’extinction de l’homosexualité.Un nouveau temple de l’animation à AnnecyUne volonté politique, des artistes et des productions qui proposent des histoires fortes ainsi qu’un public au rendez-vous portent l’animation française. Leader en Europe, elle figure dans le top 3 mondial, derrière les Etats-Unis et le Japon où l’animation représente près de la moitié du box-office, rapporte Cannes Markets News, le bulletin quotidien du Marché du

film du Festival.L’animation compte d’ailleurs parmi les priorités du nouveau patron du Festival international du film de Tokyo, Hisamatsu Takeo, dont l’évènement ne dispose pas encore d’une compétition dédiée au cinéma d’animation. Ce dernier sera encore à l’honneur le 19 juin prochain lors de la 50e édition du Festival d’Annecy qui abritera la nouvelle Cité internationale du film d’animation.

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