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Daaka 2026 : Madina Gounass au rythme de sa décade sacrée

La cité religieuse de Madina Gounass a donné le coup d'envoi du Daaka 2026. Une retraite spirituelle majeure qui rassemble des milliers de fidèles venus de toute l'Afrique de l'Ouest pour dix jours de dévotion intense au cœur du Fouladou.

Sous une chaleur d’étuve, la cité de Madina Gounass a donné, le 18 avril, le coup d’envoi du Daaka 2026. Entre poussière et prières, des dizaines de milliers de fidèles entament leur retraite spirituelle, marquant le début d’une décade placée sous le signe de l’ascèse et de la ferveur.

Une véritable marée humaine a pris d’assaut la ville dès le samedi 18 avril.. Le Daaka, cette retraite spirituelle emblématique du Fouladou, s’étire sur dix jours durant lesquels le temps semble suspendu.. Aux abords de la grande mosquée, le contraste frappe l’esprit : si les haut-parleurs perchés sur les minarets inondent l’atmosphère de zikrs et de versets coraniques, le sol résonne du silence profond des pèlerins.. Seul le cliquetis régulier des chapelets et le froissement des tissus accompagnent le pas de ceux qui convergent, venus de Gambie, des deux Guinée ou des confins du Sénégal, vers la demeure de Thierno Ahmadou Tidiane Bâ, l’actuel Khalife.

Un dispositif étatique renforcé

La cérémonie d’ouverture a mis en lumière l’importance stratégique de cet événement pour les autorités.. Le gouverneur de Kolda, Moustapha Ndiaye, présent pour représenter l’État, a souligné que des directives strictes ont été déployées pour garantir une édition 2026 fluide.. L’accent a été mis sur la sécurisation du site, une logistique optimisée et un accueil des pèlerins à la hauteur de l’affluence massive.. Pour sa part, Thierno Ibnou Oumar Ba, s’exprimant au nom du Khalife général, a salué cet appui constant de l’État, tout en formulant des prières ferventes pour la paix et la concorde nationale, piliers indispensables à la stabilité de la sous-région.

Héritage et rayonnement soufi

Fondée en 1936 par le vénéré Thierno Mouhamadou Saïdou Bâ, Madina Gounass repose sur un idéal de pureté spirituelle qui dépasse largement les frontières sénégalaises.. Lorsque le Daaka voit le jour en 1942, il ne s’agit alors que d’un humble rassemblement de disciples réunis pour cultiver les champs du marabout dans un esprit de service communautaire.. Quatre-vingts ans plus tard, ce qui n’était qu’un travail collectif s’est mué en l’un des carrefours soufis les plus influents d’Afrique de l’Ouest.. Cette évolution témoigne de la capacité de la cité à préserver son authenticité tout en accueillant une modernité croissante, attirant chaque année davantage de jeunes en quête de repères spirituels.

L’impact de cet événement sur la vie locale ne saurait être sous-estimé.. Au-delà de la dimension purement religieuse, le Daaka agit comme un puissant catalyseur social et économique pour la région de Kolda.. Pendant dix jours, la ville devient le centre de gravité d’une communauté soudée par une foi commune, renforçant les liens transfrontaliers entre les pèlerins venus des pays voisins.. La pérennité de cette retraite, malgré les mutations rapides de la société, prouve que le besoin de retraite spirituelle et de retour aux sources reste une composante fondamentale de l’identité des populations ouest-africaines.