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Aménagement du territoire : Mamadou Djigo démonte la logique de l’Acte 4

Mamadou Djigo, ancien patron de l'ANAT, fustige l'Acte 4 de la décentralisation. Il préconise une approche axée sur le développement économique plutôt que sur le simple redécoupage administratif des communes.

L’aménagement du territoire au Sénégal traverse une zone de turbulences. Mamadou Djigo, ancien directeur général de l’ANAT, a exprimé sa vive déception face à l’Acte 4 de la décentralisation ce dimanche, lors d’un débat public.

Un diagnostic sans concession sur la décentralisation

Pour l’expert, la stratégie actuelle de regroupement des communes en pôles territoriaux est une erreur de casting.. Loin de corriger les failles héritées de l’Acte 3, cette réforme risque, selon lui, de susciter des tensions sociales inutiles.. Le cœur du problème réside dans la “macrocéphalie” de Dakar.. Cette concentration extrême des richesses dans la capitale étouffe le développement des autres régions, créant un déséquilibre flagrant que seule la dynamique particulière de Touba parvient à contrer dans une certaine mesure.

Il est frappant de constater, à travers l’analyse de M.. Djigo, que la question territoriale est devenue une affaire de survie économique.. Alors que les autorités semblent privilégier une réorganisation administrative, le terrain exige tout autre chose.. L’histoire récente du Sénégal montre que le redécoupage, s’il n’est pas adossé à un projet économique viable, reste une coquille vide.. L’imposition de nouvelles structures sans transfert réel de compétences ou de moyens financiers ne fait que déplacer

le problème plutôt que de le résoudre.. En observant les flux migratoires internes, on comprend que la jeunesse sénégalaise ne cherche pas une nouvelle entité administrative, mais des opportunités d’emploi et des infrastructures de base là où elle réside.. L’approche de M.. Djigo remet ainsi au centre du jeu la notion de “compétitivité territoriale” : un concept qui nécessite une planification rigoureuse basée sur les potentialités locales, qu’elles soient agricoles, artisanales ou technologiques.

Vers une approche centrée sur l'économie locale

“On ne supprime pas une commune, on la développe”, affirme l’ancien responsable de l’ANAT.. Plutôt que de redessiner les cartes, il appelle à un changement de paradigme où l’aménagement serait le moteur de la création de richesses.. L’urbanisation doit servir à structurer des systèmes économiques communaux robustes, capables de fixer les populations.

Le débat sur l’Acte 4 n’est pas seulement technique ; il touche à l’essence même du contrat social sénégalais à l’horizon 2050.. Si les autorités s’obstinent dans une réforme purement technocratique, elles risquent de se couper des aspirations réelles des citoyens.. Une décentralisation réussie ne dépend pas du nombre de communes, mais de la capacité de chaque territoire à générer sa propre valeur ajoutée.. L’enjeu est désormais de savoir si le gouvernement saura ajuster sa vision pour transformer ces territoires en véritables pôles de croissance autonomes plutôt qu’en simples entités administratives dépendantes des aides de l’État central.