Madonna dévoile « Confessions II » : du club au deuil

GOOD FOR THE SOUL 6/10 Après « Confessions on the Dance Floor », c’est à « Ray of Light » que cette chanson rend hommage, produite à l’époque par William Orbit et qui vaudra à la chanteuse le premier Grammy Award de sa carrière. Entre techno et disco, lorgnant cette fois du côté du groupe Moloko, la chanteuse s’élève dans les étoiles, invoque un voyage spirituel. Une chanson née d’une impro musicale faite une nuit par le duo Madonna/Price. « On s’est lancés sans savoir
où on allait et la chanson est venue naturellement, sans vraiment avoir travaillé » explique le producteur. Après la majesté de « I Feel So Free » et les quelques bombes rythmiques à venir, « Good for the Soul » reste du Madonna classique, bien troussé mais attendu. ONE STEP AWAY 7/10 Seconde chanson née des impros du duo Price/Madonna, voilà en revanche un titre plus structuré, terriblement plus accrocheur, inspiré par « Up, Down, Suite » de la période « Erotica ». Les lignes
de basses et la batterie percutante forment une ossature planante à ce titre une nouvelle fois hypnotique où Madonna semble retrouver la voix de ses débuts, sans vocoder, poussant dans les aigus un long « Freedom », cette quête de liberté dont elle ne peut se passer. Un morceau en forme de crescendo rythmique qui finit dans une explosion de beats et de synthés. Comme une course-poursuite en voiture dans un film de Guy Ritchie, dont s’inspire d’ailleurs le clip de la chanson, entrevu dans
le film « Confessions II ». BRING YOUR LOVE 8/10 Le premier gros tube de l’album. En forme de passation de pouvoir entre « Mother » et l’une de ses filles spirituelles, Sabrina Carpenter. Entre house, pop et funk, bercé par le « Good Life » de Inner City, « Bring Your Love » est une machine de guerre à la façon Madonna, construite sur les bases de deux de ses plus grands hits, « Sorry » et « Vogue » dont la rythmique intemporelle
vient encore hanter ce duo entre deux rebelles. « Je sais où les cadavres sont enterrés, donc n’essaie même pas de me faire taire » chantent les deux femmes dont les voix se marient sans effort. « Madonna a eu l’idée de demander à Sabrina Carpenter, qu’elle admire depuis longtemps, si elle voulait apparaître dans la chanson, explique Stuart Price. Elles se sont comprises instantanément. Certains pensent que la chanson est une bluette mais pas du tout. Si vous l’écoutez bien, le message est clair
: c’est un bras d’honneur à ses détracteurs, à ceux qui n’ont cessé de vouloir la faire taire. « Laissez votre haine et amenez plutôt votre amour »… » DANCETERIA 9/10 La fièvre de la danse atteint son sommet dans ce morceau d’anthologie, non plus une invitation mais une obligation à lâcher les chiens sur la piste de danse. Il faudra mettre au défi quiconque de ne pas se trémousser sans même le vouloir sur cet hymne de night-club, celui-là même qui donne son titre
à la chanson, le temple des nuits new-yorkaises où la chanteuse traînait au début des années 80. Et où fut joué son premier titre, « Everybody ». Sur un rap identique à « Vogue », Garbo et Monroe sont remplacées par Debi Mazar, son amie de toujours, Martin Burgoyne, son meilleur ami, Basquiat ou Keith Haring, tous les trois disparus en pleine épidémie du SIDA. Le titre, véritable hymne disco/house, va même sampler Lou Reed façon « Walk on the Wild Side ». « Sur
la piste de danse, chacun est une œuvre d’art » scande Madonna dans ce monolithe pop que n’aurait pas renié Debbie Harry. Le probable prochain single de l’album, en lice pour le titre de tube de l’été… Explosif. READ MY LIPS 4/10 Madonna a toujours eu ses marottes, celle notamment des duos (Timberlake ou Maluma ces dernières années). Bienvenue donc cette fois à « Read My Lips » qu’elle partage avec Feid, le rappeur colombien du moment. Entre guitares à la « La Isla Bonita
» et une bonne dose de reggaeton et de latin pop remixés techno, la Reine parle de trahison amoureuse et hausse le ton. Sans pour autant justifier la pertinence de cette chanson trop passe-partout et mille fois entendue. Ce titre, qui figure aussi sur la BO officielle de la Coupe du monde de football (et qu’elle chantera sur scène lors du Half-Time Show de la finale), aurait dû laisser la place à d’autres petites perles qui ne figureront pas sur la version classique de l’album
(quatre titres supplémentaires figurent sur la version Deluxe de « Confessions II »), tant elle casse l’élan dansant du projet. EVERYTHING 7/10 C’est l’une de ses grandes frustrations : Madonna n’a jamais réussi à convaincre les Daft Punk de travailler avec elle. Alors contre mauvaise fortune, bon cœur : voilà « Everything » qu’aurait très bien pu signer le duo français, tant la folie disco et les beats robotiques se mêlent dans ce nouvel hymne à la gloire des clubs. Beats puissants, rythmique incroyable à
laquelle Price et la chanteuse ont eu l’idée d’incorporer de magnifiques cordes au gré d’un refrain qui vient illuminer l’ensemble. Encore et toujours, alors que Madonna chante « trop, c’est trop », voilà une nouvelle piste à la production impeccable. Et pour le coup, entièrement dans la mesure. LOVE SENSATION 8/10 Si « I Feel So Free » fait clairement référence au « Future Lovers » d’il y a vingt ans, « Love Sensation » se révèle comme le pendant de « Get Together »,
un autre titre emblématique du premier « Confessions », qui reste encore aujourd’hui comme l’une des chansons de Madonna les plus prisées de ses fans. Vingt ans plus tard, on retrouve dans « Love Sensation » et son envolée dance et ses ruptures de rythme, les trésors de la french house dans une chanson survoltée, saturée en effets où elle expose encore une fois son cœur d’artichaut dans cette belle déclaration d’amour, un amour qu’elle qualifie de « drogue dont elle ne peut se passer
». Un autre tube à haut potentiel de l’album. LOVE WITHOUT WORDS 5/10 Après la dance pure et la techno, vous prendrez bien un peu de transe. Après les effets sonores et les chansons taillées pour la piste de danse, Madonna déstructure sa musique, partant dans un morceau agressif, pas forcément aimable à l’oreille. Une sorte de terrain de jeu où elle tord le concept même d’une chanson, jouant avec les ruptures les plus osées. Madonna l’exploratrice, Madonna qui ne rentrera jamais dans le moule,
même dans cet exercice de pure distraction qu’est « Confessions II ». BIZARRE 7/10 Il est et restera comme le grand amour de sa vie. Car c’est bien de Sean Penn dont Madonna parle dans ce titre qui ralentit la cadence un tant soit peu, troussé avec le DJ Martin Garrix, qui se tourne clairement vers les années 80 et Depeche Mode. Une influence que Madonna vient sublimer d’un refrain aérien dont elle a le secret. Beaucoup moins sombre que « Till Death Do Us
Apart » sur l’album « Like a Prayer » où elle évoquait sa rupture avec Sean Penn et les vases qui explosent au sol, ce nouvel hommage à son premier mari est cette fois empreint de nostalgie et de respect : « Star de cinéma, tes yeux bleus. Pour Hollywood, nous étions la perfection. Mais tu conduisais trop vite. Notre Mustang Shelby Cobra (son cadeau de mariage à Sean) n’allait pas tenir longtemps. L’amour est parfois si bizarre… ». SCHOOL 7/10 On l’a compris, «
Confessions II » est pour Madonna un retour à ses fondamentaux, beaucoup plus accessible que son précédent album, « Madame X », son plus gros échec commercial, sorti il y a déjà sept ans. Mais on ne l’empêchera jamais de faire ce qu’elle veut. Dans cette optique, « School » est une presque négation du reste de « Confessions II ». Qui renie toute expression pop ou dance, qui refuse tout refrain accrocheur pour une chanson expérimentale, noire et très sexe, une sorte d’« Erotica
» mâtiné de « Spanish Lessons » et ses sonorités latines, où l’on sent les influences de Thunderpuss ou de Shep Pettibone. Comme dans ses illustres prédécesseurs, la chanteuse laisse le groove prendre le contrôle, dans une envie d’underground toujours bienvenue. Un des morceaux les plus casse-gueule de l’album, comme si elle signifiait encore son refus de rentrer dans les rangs de la pop propre et sage. Rebelle, encore et toujours. FRAGILE 7/10 Danser peut faire oublier ses blessures. Et pour Madonna, le moment de
ralentir le rythme avec la fin de cet album (version classique) qui devient de plus en plus douce et très nostalgique. « Fragile » pourrait devenir le nouveau « Frozen » auquel on aurait ajouté un petit air de « La Isla Bonita ». Ou quand les synthétiseurs de Stuart Price peuvent venir sublimer cette ballade pleine d’émotions où la voix de Madonna n’a jamais été aussi belle depuis longtemps. Elle y raconte la mort de son frère Christopher (dont elle a été très proche
et avec qui elle a longtemps travaillé ; il était ainsi le metteur en scène du « Blond Ambition Tour » et du « Girlie Show » dans les années 90). Elle y raconte leur proximité puis leurs différends (il avait écrit un livre à charge contre sa sœur). « On a eu des hauts et des bas. J’ai pris le blâme, puis une lame en plein cœur, chante-t-elle. Ne m’oublie pas et n’oublie pas d’être heureux ». La chanson se conclut par un cœur
qui s’arrête de battre. Comme un retour à la crudité de la vie réelle, après une nuit d’oubli sur le dance floor. Poignant. Pistes additionnelles, édition Deluxe MY SINS ARE MY SAVIORS (en duo avec Stromae)THE TEST (chanson écrite et chantée avec sa fille Lourdes Leon)BETRAYALL.E.S. GIRL
Madonna, Confessions II, Good for the Soul, One Step Away, Bring Your Love, Danceteria, Read My Lips, Everything, Love Sensation, Love Without Words, Bizarre, School, Fragile, Stromae, Lourdes Leon, Price, Martin Garrix, Sabrina Carpenter, Feid