Travail et utilité : repenser l’utilité sociale

À l’occasion du 1er mai, Misryoum invite à élargir la notion de travail au-delà du salariat pour mieux reconnaître l’utilité sociale.
Le 1er mai met le travail sur le devant de la scène, mais il révèle surtout à quel point nos sociétés confondent souvent emploi et utilité.
Dans l’article publié par Misryoum, une idée revient comme un fil rouge : on célèbre le salariat, et l’on oublie l’essentiel.. Car de quel travail parle-t-on réellement, celui qui apparaît dans les statistiques et ouvre droit à un salaire, ou celui plus discret qui fait pourtant tenir les sociétés debout, sans jamais figurer dans les tableaux.
À ce stade, la question n’est plus seulement économique. Elle devient presque morale et existentielle : si le travail, c’est l’utilité, alors beaucoup de contributions restent invisibles parce qu’elles ne sont pas salariées.
Ce déplacement du regard change tout.. Il rappelle, par exemple, que le travail domestique, l’éducation, l’attention portée aux malades ou la transmission ne sont pas des marges de la vie sociale, mais des socles.. Misryoum souligne ainsi que qualifier ces tâches d’« inactivité » revient à sous-estimer une production humaine que l’économie seule ne sait pas fabriquer.
Le raisonnement s’étend aussi au temps.. Le travail ne commence pas au moment où s’ouvre un contrat, ni au seuil de l’âge légal : il commence dès lors qu’une mère porte, protège, et construit l’avenir.. Dans cette logique, ce qui est utile n’est pas nécessairement reconnu, et ce qui est reconnu n’est pas toujours utile au sens social.
Insight : ce débat compte parce qu’il influe directement sur la manière dont on protège les personnes. Quand une contribution est invisibilisée, ce sont les droits et la dignité qui finissent par être traités comme secondaires.
Misryoum pousse plus loin en reliant l’idée de travail à la participation.. Dans certaines pensées, « travailler » devient une forme de prière, au sens où agir pour préserver la vie et lui donner une direction digne serait une œuvre.. Le vocabulaire populaire, lui aussi, traduit parfois cette intuition : on parle moins de « disparition » que de « cessation du travail », comme si la vie était un chantier continu.
Dans cette perspective, la retraite apparaît comme un sujet de réflexion : s’agit-il d’un retrait de l’utilité, ou d’une transition vers un travail choisi, plus libre, plus transmis, plus intergénérationnel ?. Misryoum insiste sur la richesse des seniors, souvent tenus à l’écart alors qu’ils pourraient devenir mentors, conseillers et transmetteurs.
Dès lors, l’enjeu dépasse la simple définition.. Misryoum rappelle que redéfinir le travail ne doit pas servir d’alibi à l’inaction : lutter contre le chômage demeure une urgence, notamment pour les jeunes.. L’objectif n’est pas d’opposer emploi et utilité, mais de les réconcilier, en construisant les conditions d’une employabilité digne.
Insight : reconnaître l’utilité sociale ne remplace pas l’action publique, cela la rend plus juste. Cela permet de penser des politiques qui protègent à la fois ceux qui cherchent un emploi et ceux dont la contribution n’est pas comptée.
Sur ce point, Misryoum évoque plusieurs pistes de transformation : mieux valoriser le travail « invisible » via des mécanismes de protection sociale adaptés, organiser des missions d’intérêt général pour les jeunes avec formation et indemnisation, structurer le mentorat intergénérationnel, et repenser les politiques d’emploi en s’appuyant davantage sur les territoires et les savoir-faire locaux.. La richesse, insiste l’article, ne devrait pas se mesurer uniquement à la production économique, mais aussi à l’utilité sociale.
Au fond, cette réflexion, présentée par Misryoum, appelle à un changement de paradigme : passer d’une logique où l’on « occupe des postes » à une logique où l’on « participe ».. Car tant que l’on est vivant, il reste quelque chose à construire, et donc une manière d’être utile, selon ses forces et ses choix.