Vice-présidence au Cameroun : la vérité historique sur John Ngu Foncha

Une déclaration ministérielle sur le statut de John Ngu Foncha en 1961 relance le débat sur la légitimité des nominations politiques au Cameroun.
La récente affirmation d’un haut cadre du RDPC, soutenant que John Ngu Foncha aurait occupé la vice-présidence du Cameroun sans élection, provoque une onde de choc mémorielle.. Cette sortie, destinée à justifier les nouvelles dispositions constitutionnelles, se heurte pourtant à la réalité des textes fondateurs de la nation.
En invoquant ce précédent, les autorités cherchent à légitimer la nomination discrétionnaire d’un vice-président prévue par la révision constitutionnelle d’avril 2026.. Cependant, l’analyse factuelle des archives révèle une interprétation largement tronquée de l’histoire constitutionnelle camerounaise.
Cette confusion entre une situation de transition historique et une règle de gouvernance durable illustre la fragilité du récit politique face aux archives. En manipulant le passé, on risque de justifier des pratiques actuelles par une construction narrative qui ne résiste pas à l’épreuve des faits.
En 1959, John Ngu Foncha accède à la tête du Cameroun occidental après une victoire électorale sans équivoque avec son parti, le KNDP.. Lorsque la Constitution fédérale entre en vigueur le 1er septembre 1961, le statut de vice-président lui est attribué via l’article 52, non pas par une nomination arbitraire, mais par une disposition transitoire liant ce poste à ses fonctions de Premier ministre, elles-mêmes issues des urnes.
L’article 52 visait spécifiquement à assurer une continuité lors de la fusion entre le Cameroun oriental et le Cameroun occidental.. Il s’agissait d’une mesure dérogatoire et temporaire, destinée à stabiliser les institutions naissantes, et non d’un mécanisme de désignation permanente par le seul pouvoir central.
L’idée que John Ngu Foncha n’aurait bénéficié d’aucune onction électorale occulte délibérément le scrutin de 1959. Le législateur de 1961 a simplement reconnu une légitimité démocratique préexistante pour éviter toute vacance à la tête de l’État fédéral lors de sa création.
La révision constitutionnelle de 2026 introduit un changement radical : la nomination d’un vice-président sans lien avec un quelconque mandat électoral. Faire croire qu’il existe un précédent historique valide cette pratique est une contre-vérité qui fragilise la crédibilité du débat public.
Le risque d’une telle réécriture est de banaliser l’absence de légitimité démocratique au sommet de l’État. En déconnectant la fonction de vice-président du suffrage, on s’éloigne de l’esprit des pères fondateurs tout en utilisant leur nom pour valider des choix politiques contemporains.
Il est essentiel de rappeler que l’histoire ne peut être un simple outil rhétorique au service d’un agenda politique. Les faits de 1961 sont inscrits dans les textes, et aucune interprétation partisane ne saurait effacer la réalité du mandat de John Ngu Foncha.
Finalement, la fidélité à la vérité historique reste le seul rempart contre l’arbitraire institutionnel. Rappeler ces faits permet non seulement de corriger une erreur, mais aussi de protéger l’intégrité de notre mémoire collective face aux discours opportunistes.