Sûreté de l’État : le virage sécuritaire de la transition

Les récentes interpellations de militants GEN Z à Anosy, sous le motif d’atteinte à la sûreté de l’État, marquent une inflexion silencieuse mais profonde dans le paysage politique malgache.. Ce qui semblait être une séquence ordinaire de la vie publique révèle, à bien y regarder, une mutation durable du rapport entre le pouvoir en place et la contestation.
La fin de l’alliance entre jeunesse et pouvoir
À l’automne 2025, la transition s’ouvrait sur une promesse de rupture.. Une alliance implicite s’était formée, portée par une jeunesse active et des acteurs institutionnels, dont le CAPSAT, qui prônait alors une retenue face aux manifestations.. Pourtant, ce récit commun semble aujourd’hui se fissurer.. Les acteurs qui incarnaient l’espoir du changement sont désormais perçus comme des risques, et non plus comme des partenaires.. Cette bascule illustre la difficulté structurelle des transitions à passer du discours réformateur à l’exercice concret du pouvoir.
Le décalage entre les promesses d’apaisement et la réalité des gardes à vue révèle une tension inévitable.. Le pouvoir, confronté à des attentes sociales pressantes et des résultats tardifs, semble adopter une posture de survie.. En qualifiant la contestation de menace pour la sûreté de l’État, le régime dépolitise le débat : le mécontentement, qu’il concerne l’accès à l’eau, l’électricité ou la lutte contre la corruption, devient une affaire de sécurité publique à neutraliser.. Cette stratégie, observée dans de nombreuses transitions africaines, transforme une demande légitime en un délit, marquant ainsi le passage d’une phase de transition ouverte à une normalisation sous contrainte.
Une mécanique de verrouillage invisible
Le verrouillage du système ne s’opère pas par une rupture brutale, mais par un grignotage progressif des libertés.. Les arrestations ciblées, la pression judiciaire et un flou entretenu autour des motifs de poursuite créent un climat de dissuasion efficace.. Contrairement aux apparences, cette méthode n’est pas une simple réaction spontanée, mais une gestion systémique de la frustration.. En ciblant les figures visibles et en marginalisant les voix divergentes, le pouvoir tente de gagner du temps.. Cependant, cette approche est risquée : elle déplace la tension sans jamais traiter les causes profondes qui alimentent la colère populaire.
L’histoire récente des transitions montre que lorsqu’un gouvernement privilégie le contrôle sur le résultat, il s’enferme dans une spirale dangereuse.. Si les besoins fondamentaux de la population ne sont pas comblés, la pression ne s’éteint pas ; elle se redéploie.. Pour Misryoum, l’analyse des signaux actuels indique une trajectoire claire : le pouvoir n’est plus dans une phase de transformation, mais dans une phase de maintien.. La question qui se pose désormais n’est pas celle de la durée de cette transition, mais celle de sa capacité à rester pertinente alors qu’elle s’isole de ceux qui, hier encore, portaient son ambition de changement.