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Sénégal : la Charte du Mandé intègre le projet constitutionnel

Le projet de révision constitutionnelle du président sénégalais remplace la référence à 1789 par la Charte du Mandé, marquant une rupture symbolique forte.

Le paysage juridique sénégalais est à la veille d’une transformation majeure.. Le président Bassirou Diomaye Faye a introduit un avant-projet de révision constitutionnelle qui remplace, au sein du préambule, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 par la Charte du Mandé.. Ce geste dépasse la simple formalité administrative pour s’imposer comme un symbole puissant de rupture avec l’héritage colonial français.

En puisant dans la Charte de Kurukanfuga, datant de 1236, le gouvernement souhaite placer les valeurs endogènes africaines au cœur de la loi fondamentale.. Ce texte, souvent présenté comme une constitution ancestrale de 44 articles, traite aussi bien de la paix sociale que de l’inviolabilité de la personne humaine et de la liberté d’expression.. Pour Misryoum, il s’agit d’un virage identitaire qui interroge la manière dont une nation définit ses fondements démocratiques modernes.

Ce choix souligne une volonté politique de décolonisation intellectuelle qui dépasse le simple cadre constitutionnel, s’inscrivant dans une démarche plus large incluant la souveraineté monétaire et la révision des accords militaires avec la France.. En agissant ainsi, le pouvoir actuel soutient que les principes universels de dignité humaine ne sont pas l’apanage exclusif des Lumières européennes, mais trouvent un écho profond dans l’histoire précoloniale du continent.

L’insertion de cette référence historique n’est pas sans susciter des débats intenses au sein de la communauté scientifique.. Si certains historiens contestent la validité de la transcription moderne de ce texte oral, d’autres y voient un socle éthique indispensable pour repenser l’avenir de l’Afrique.. La tension entre rigueur historique et nécessité politique de construire un récit national commun est au centre des discussions actuelles à Dakar.

Le passage d’un héritage occidental à une référence mandingue montre une volonté de reconnecter le Sénégal avec ses racines historiques pour consolider sa souveraineté politique.

Au-delà de la symbolique, la question de la gouvernance d’un État moderne de 18 millions d’habitants à travers des principes médiévaux reste posée.. Le président sénégalais maintient toutefois l’adhésion du pays à la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, garantissant ainsi que ce virage symbolique ne compromet pas les engagements internationaux du pays.

Le texte est désormais entre les mains des citoyens et des juristes qui doivent débattre de cette synthèse inédite. Entre contestations académiques et ambition de souveraineté, le Sénégal tente d’écrire une page nouvelle de son histoire institutionnelle.

La transition vers un récit constitutionnel ancré dans les traditions locales pourrait marquer un précédent important pour la redéfinition des identités politiques dans toute l’Afrique de l’Ouest.