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Marseille : le bus vertical des Aygalades vu depuis l’A7

À Marseille, un ancien bus est exposé à la verticale aux Aygalades. Une œuvre artistique pensée pour marquer les esprits.

La première fois qu’on roule sur l’A7 direction Marseille, on se dit que la carrosserie Saint-Louis fait des réparations.. La deuxième fois, on se demande pourquoi (et comment) ce bus se tient toujours droit comme un piquet, des jours plus tard.. La troisième fois, on a décidé d’aller vérifier par nous-mêmes, soucieux des répercussions d’une chute du mastodonte sur des Marseillais infortunés.. Et on ne s’attendait pas à ce dénouement.. À lire aussi Ce lieu

caché des quartiers Nord de Marseille est un véritable trésor, et il peut se visiter Un ancien bus de la RTMQuartier des Aygalades dans le 15e, à Marseille.. Le bus 30 nous dépose Avenue Ibrahim Ali.. Nous parcourons le bitume sous une chaleur de plomb, à la recherche du fameux bus qui me fait creuser les méninges depuis des semaines.. Était-ce un mirage ?. Hallelujah.. Nous finissons par trouver mon épingle dans une botte de foin..

Le bus se tient là, planté dans un décor atypique de grands hangars.Nous nous approchons et première surprise : le bus est siglé RTM et semble très ancien.. Et pourtant, il ne ressemble en rien au bus que nous venons d’emprunter.. Deuxième surprise : non, le véhicule n’est pas en réparation.. Plus étrange encore, nous apercevons des dessins sur ses fenêtres.. Nous finisssons donc par comprendre : il s’agit d’une œuvre d’art.. Tout simplement.. Mais dont l’histoire s’avère

être inédite.Une œuvre « absurde » et « extravagante »Baptisé « Le Bus » (tout simplement), il a été imaginé par la compagnie de théâtre Générik Vapeur en 2002 et son co-fondateur, Pierre Berthelot.. Un bus à la verticale exposé un temps à Paris pour la Nuit Blanche avant d’être fixé sur une dalle en béton, à l’entrée de la « Cité des arts de la rue », espace artistique public dédié aux professionnels des arts de la rue.Difficile de rater le bus :

du haut de ses 11 mètres, son sommet surplombe les alentours.. « Comme les marins à la recherche d’un amer [point de repère identifiable depuis le large], le Bus est un peu la Tour CMA-CGM des quartiers nord ! », nous lance Pierre Bertholot avec humour.. La nuit, le système d’éclairage le fait briller de la tête aux pieds.Pourquoi cette verticalité ?. « Car c’est absurde.. Merveilleux.. Extravagant.. Qui regarde un bus horizontal ?. Il n’y a rien de plus banal..

Mais un bus vertical, ça vous marque.. La preuve : vous venez m’en parler plus de 20 ans après. » L’œuvre de Pierre Berthelot fait 11m de hauteur.. (©Mélanie Faure / actu Marseille)Dénoncer l’offre de transports dans les quartiers nordPour réaliser cette œuvre, l’artiste et sa compagnie ont récupéré un vieux bus hors service de la société des transports marseillaise des années 70, qu’ils ont customisé avec l’artiste Marie-Lucie Poulain.. Des hommes et des femmes représentés sur

les vitres à la verticale, qui n’ont pas été choisis au hasard : ils ont eux aussi contribué à la légende du bus.« Dans les années 2000, la troupe de Générik Vapeur vivait sur le site des anciens abattoirs de Saint-Louis, raconte Pierre Berthelot.. Lorsqu’on a décidé de déménager sur le site de l’huilerie Savonnerie L’Abeille des Aygalades [fermée dans les années 70], on a élaboré un triptyque pour immortaliser cette transition. » Une œuvre en plusieurs dimensions,

genèse de l’histoire du « Bus ».. L’idée première ?. Pointer du doigt la pénurie de transports en commun dans les quartiers nord de Marseille.D’abord, il y a eu le bus entreposé à l’horizontale, surélevé à l’aide d’un portique, tel un bateau volant.. Les habitants de Saint-Louis étaient invités à y raconter leurs souvenirs.. « Cette mémoire, on l’a tirée jusqu’aux Aygalades – littéralement.. Le bus ne fonctionnant plus, les habitants nous ont aidés à le tirer sur plusieurs

kilomètres. »Une dalle en béton de 27 tonnesLa mémoire arrivée à bon port, elle est érigée en totem, à la verticale cette fois-ci.. « Tel un menhir, une Pierre-Levée, ce bus incarne la totémisation de la mémoire du quartier », détaille Pierre Bertholo avec nostalgie.Quand on lui demande s’il est conscient de la peur que ressentent certains à la vue du bus, au point de se tenir à distance, l’artiste aujourd’hui à la retraite s’amuse.. « Même avec des

rafales de 130km/h, le bus ne vacille pas d’un iota !. Des ingénieurs ont étudié comment le fixer sur sa dalle en béton de 27 tonnes et la structure est régulièrement contrôlée. » Santiago, Violetta et Camille, en formation à la Cité des arts de la rue, ne sont pas insensibles à l’aura du « Bus ».. (©Mélanie Faure / actu Marseille)« Le bus ouvre l’imaginaire »Le Bus plaît et déplaît.. Au premier coup d’œil, Sophia et Moncef ont pensé que

« des gens foufous » étaient à l’origine de l’œuvre.. « C’est très sympa.. Ma fille en bas âge est venue avec sa classe et m’en a parlé en rentrant à la maison », s’enthousiasme la jeune femme qui a grandi dans le quartier.. « À chaque fois que je le vois, je me demande comment il tient.. Je trouve ça bizarre ! », tempère son ami, aux sentiments contrariés.Camille venue de l’Aisne suit une formation de plusieurs jours à la Cité

des arts de la rue ne s’en lasse pas.. « Ça fait toujours quelque chose de passer devant, je le redécouvre à chaque fois.. Ça ouvre l’imaginaire, on se demande ‘Pourquoi ?’. » Sa camarade Violetta acquiesce.. « Il renverse l’espace, on n’est pas habitué à voir un bus dans cette position. »Pour le Rouennais Santiago, sa position permet de se « rendre compte de la place qu’occupe le véhicule ».. « On n’a pas la même dimension de longueur quand il est

au sol.. Pour moi, c’est de loin l’œuvre la plus impactante de la Cité. » Pari réussi pour Générik Vapeur.Adresse : Cité des arts de la rue, 225 avenue Ibrahim Ali, à Marseille (15e).Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.

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