Macky Sall à l’ONU : convaincre malgré le doute africain

Audition à New York pour la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général de l’ONU. Un parcours singulier, porté par le Burundi, face à un Conseil de sécurité décisif.
La scène se joue à New York, mais l’enjeu dépasse largement les murs de l’ONU : convaincre quand, en Afrique, le doute reste perceptible. Macky Sall a défendu mercredi 22 avril sa candidature au poste de secrétaire général, lors d’une audition publique qui a duré trois heures.
L’ancien président sénégalais s’est présenté devant l’Assemblée générale, dans un format identique pour les quatre candidats.. Chacun commence par une déclaration introductive de dix minutes, puis répond aux questions des représentants des 193 États membres et de la société civile.. Pour Macky Sall, l’exercice a été l’occasion de replacer son parcours dans une trajectoire politique longue et, surtout, de donner un fil directeur à sa candidature.
Son exposé d’ouverture a mobilisé près de quarante ans de responsabilités publiques, du niveau local à la présidence du Sénégal, exercée de 2012 à 2024, avant le rôle de l’Union africaine.. Il a aussi présenté une vision structurée dans un document intitulé « Refonder le multilatéralisme pour un monde meilleur ».. Trois axes reviennent : lier paix, sécurité et développement ; revitaliser la coopération internationale ; réformer la gouvernance interne de l’ONU.. Autrement dit, une candidature pensée comme une proposition de méthode, pas seulement comme une candidature de prestige.
L’élément le plus sensible, pourtant, n’est pas le contenu de la vision : c’est la manière dont la candidature est portée.. Parmi les candidats en lice, la situation diplomatique de Macky Sall demeure particulière.. Son dossier a été déposé à l’ONU début mars 2026 par le Burundi, au moment où ce pays assurait la présidence tournante de l’Union africaine.. Le Sénégal, lui, n’a apporté aucun soutien officiel à la candidature.
La question de l’appui continental pèse aussi.. L’Union africaine n’a pas pu porter Macky Sall : vingt de ses cinquante-cinq États membres se sont opposés à la procédure, lors d’une approbation tacite.. Le résultat a dépassé le seuil nécessaire pour bloquer une décision.. Dans ce contexte, l’audition prend un sens particulier : face à un vote incertain en amont, le candidat doit convaincre au-delà de son socle naturel.
Sur le plan politique, Macky Sall a insisté sur des éléments de gouvernance et de transition démocratique.. Il a notamment mis en avant la passation pacifique du pouvoir au Sénégal en 2024, en soulignant la continuité institutionnelle après son départ.. Pour les observateurs, ces références sont plus qu’un bilan : elles servent de signal sur la manière dont il pourrait conduire l’ONU dans des périodes où l’organisation est scrutée, parfois contestée, et souvent sommée de trouver des compromis.
Désormais, l’audition du 22 avril clôt la phase publique du processus.. La suite se jouera surtout au Conseil de sécurité.. Celui-ci doit recommander un candidat à l’Assemblée générale, vraisemblablement en juillet ou en août, selon les calendriers diplomatiques.. Pour que la recommandation aboutisse, il faut une majorité qualifiée : au moins neuf voix sur quinze, sans veto des cinq membres permanents.
C’est là que l’on comprend pourquoi l’enjeu dépasse la prestation du 22 avril.. Une candidature peut être défendue avec vigueur, mais la mécanique institutionnelle impose une coalition.. La recommandation du Conseil de sécurité, sans veto, est une étape décisive.. Puis l’Assemblée générale entérine ensuite le choix retenu par acclamation.. Le nouveau secrétaire général prendra ses fonctions le 1er janvier 2027, au terme des deux mandats d’António Guterres.
Ce moment met aussi en lumière une réalité diplomatique : pour une fonction aussi centrale que celle de secrétaire général, la légitimité ne se limite pas à un programme.. Elle dépend aussi de la capacité à réduire les fractures, y compris à l’intérieur des grandes régions.. En Afrique, le doute peut avoir des causes multiples—divergences politiques, calculs diplomatiques, ou attentes de renouvellement—mais l’effet final est identique : le candidat doit multiplier les signaux de rassemblement.
Pour Macky Sall, la stratégie implicite consiste à ancrer sa candidature dans un triptyque qui parle à tout le monde—sécurité, paix, développement—tout en proposant une réforme de la gouvernance interne de l’ONU.. Reste à voir si cette grille de lecture, portée dans l’hémicycle, se traduira en soutien concret au Conseil de sécurité.. Si la recommandation se fait sans blocage, alors le débat africain, perceptible avant l’audition, devra se transformer en consensus.. Et si l’adhésion tarde, c’est l’architecture même du multilatéralisme qui sera testée, une nouvelle fois, au moment où l’ONU cherche à rester l’endroit où l’on parle avant de rompre.