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Benatia solde ses comptes après une saison marseillaise catastrophique

Comment avez-vous vécu cette dernière soirée dans le costume de directeur du football de l’OM ? On a essayé de finir sur une bonne note. Ça vaut ce que ça vaut mais c’est quand même une qualification en Ligue Europa. Dans une saison aussi catastrophique, on finit à deux points du podium. Ça laisse pas mal de regrets. C’est à l’image de ce qu’on a produit cette saison, on a été trop irrégulier pour espérer mieux. Force est de constater que d’autres équipes ont rencontré

ce type de problème. Avec l’effectif que l’on avait au soir du 2 septembre, tous les spécialistes s’accordaient à dire que l’on pouvait penser tranquillement à un top 3. On peut mener 2-0 et faire 2-2, même si ça fait mal quand ça arrive quatre ou cinq fois. Ça signifie qu’il y a un problème à résoudre. Les vrais problèmes de cette saison, ce sont les matches où on ne s’est pas présentés. C’est-à-dire ? On peut me raconter ce qu’on veut, trouver des excuses,

mais on ne peut pas faire le match qu’on a fait contre Nantes ici, ni celui à Lorient ou à Nantes. Quand tu portes ce maillot, tu dois savoir que tu ne peux pas faire ce genre de prestation. Tu dois toujours donner un minimum dans la performance et on ne l’a pas fait. Certains vont dire que c’est parce que j’ai annoncé ma démission en février, que Roberto (De Zerbi) n’était plus… Ce n’est pas vrai. Tout le monde était là pour le match

contre Nantes ici, à Bruges aussi, on a montré le même visage. Le mal de cette saison, c’est l’irrégularité. Quand tu rencontres des difficultés, tu as toujours deux, trois leaders qui prennent les choses en main et vont permettre de te remettre sur les rails. Malheureusement, on a essayé de mettre ça en place, de le corriger. On n’a pas réussi. C’est le plus gros échec pour moi. Je suis fier de beaucoup de choses : les résultats des jeunes, les joueurs qu’on a lancés.

Il y a beaucoup de travail effectué avec les éducateurs au centre de formation. La valeur de l’équipe n’est pas la même qu’il y a deux ans. Roberto disait : “Si nous deux, on n’arrive pas à donner à l’équipe plus de passion, plus de sang, personne n’y arrivera.” On n’a pas réussi à avoir ce supplément d’âme, ce qui a donné des résultats catastrophiques et mes sorties que je ne regrette pas. J’espère que le club va avoir l’ambition, l’envie et la force d’aller

chercher la Ligue Europa. Ce n’est pas très sexy au départ. J’aurais aimé que l’on aille chercher la Ligue des champions, c’était important pour l’actionnaire, pour les chiffres, pour les comptes. Pourquoi quittez-vous l’OM ? Beaucoup de choses n’ont pas été dites. Roberto est parti alors qu’il était très attaché à l’OM ; je sais ce qu’il ressentait quand il rentrait dans ce stade. J’ai mangé chez lui à Aix, dix ou quinze jours avant que ça tourne mal. S’il n’a pas pris le temps

de s’exprimer, c’est qu’il en a gros sur la patate. Je le comprends, ça n’a pas été facile. Quand il s’en va, je dois partir avec lui. Il a fait des sacrifices pour venir, il est beaucoup venu pour moi et pour l’image qu’il avait de l’OM. Je devais suivre, c’était logique. Frank a refusé que je fasse l’impasse sur mon préavis, il m’a demandé de rester. Je ne me suis pas senti de le laisser en difficulté. Je me suis mis au service du

propriétaire. Je réponds toujours de mes erreurs, de mon bilan, toujours la tête haute. Je suis venu au stade. Je n’ai pas fait comme Kita aujourd’hui, je ne suis pas resté à la maison. Je ne me cache jamais. Roberto est quelqu’un qui mérite que l’on éclaircisse les choses. Il est parti sur un autre projet et a d’autres problèmes à gérer. Je vais prendre le temps de me reposer, je ne sais pas si je vais repartir sur autre chose. Je trouverai le temps

de m’exprimer. Vous connaissez l’importance de Roberto dans ce projet-là. On a eu une très belle version de l’OM par à-coups comme le match contre le PSG ici ou Strasbourg, l’une des plus belles soirées avec Roberto qui dansait sur les tables. Le vestiaire était encore vivant à ce moment-là. Il y a eu aussi le très mauvais OM à Bruges, à Paris où on aurait pu en prendre 8 ou 9, la fébrilité au PFC. C’était trop pour lui. À ce moment-là, il a

fait le bon choix, il ne trouvait pas les mots. Personne ne l’avait lâché. Il demandait des choses qu’on ne voyait pas, techniquement et dans l’état d’esprit. Il faut essayer de comprendre pourquoi c’est aussi difficile. Je l’ai demandé aux supporters quand ils sont venus après Bruges pourquoi l’OM n’a pas réussi, depuis 14 ans, à faire deux fois d’affilée la Ligue des champions. Même eux n’avaient pas de réponse. Je ne sais pas ce qu’il aurait fallu faire pour avoir le comportement d’une équipe

comme Lens, qui se bat jusqu’au bout. Si on l’avait eu, on serait largement sur le podium. Cette cinquième place a-t-elle un goût de gâchis ? Évidemment que c’est du gâchis. Si on m’avait fait signer en début d’année pour finir troisième, j’aurais dit non, non et non. On voulait chercher au minimum la deuxième place, on était ambitieux. C’est normal, on avait une équipe compétitive, capable de faire les bonnes choses. On pouvait finir le plus haut possible. Tu te rends bien compte qu’il

n’y a jamais de matches faciles dans ce championnat. En tant que dirigeant, on peut le reconnaître, mais on ne peut pas accepter quand une équipe ne se présente pas sur le terrain. À l’OM, la moindre des choses, est de donner toujours le maximum. En tout cas cette année, on ne l’a pas fait. Cela peut plaire ou non, mais il faut le dire. Ce groupe avait beaucoup de qualité. Il y a encore trois jours on disait que Rennes était trop fort, l’équipe

du moment, magnifique, promis à la Ligue des champions… Aujourd’hui, c’est une victoire méritée, avec par moments du très beau football. Malheureusement, on n’est pas sur un souci technique, même si Habib travaille différemment de Roberto (De Zerbi). Mais l’état d’esprit… Aucun entraîneur ne va te dire qu’il faut tout donner contre les gros, se mettre le cul par terre contre le Real, et gérer contre Nantes. Moi, j’ai jamais eu un entraîneur qui m’a demandé ça. Et j’ai jamais vu Roberto ou Habib demander

ça au groupe. C’est un gros gâchis. Mais dans notre malheur, on accroche quand même une coupe d’Europe. L’année prochaine, vous dans le cadre de votre boulot et moi comme spectateur, on pourra venir assister à de belles rencontres européennes, avec pourquoi pas l’ambition d’aller la chercher. Est-ce que votre vrai-faux départ a pu perturber l’effectif, réduire votre influence sur le groupe ? Merci de poser cette bonne question. Aujourd’hui, quand tu travailles dans une entreprise, chacun doit respecter son rôle. J’ai décidé de démissionner

le lendemain du match au Paris-Saint-Germain, parce que cette honte accumulée à celle vécue contre Nantes à domicile et celle de Bruges… Pour moi, c’était trop, beaucoup trop. Je devais prendre mes responsabilités. J’avais rencontré les leaders pendant le stage à Clairefontaine, après Bruges. J’ai dit aux gars : ‘quand on joue comme vous à Bruges, je vous le dis, j’ai un petit peu d’expérience, c’est qu’on est contre quelqu’un. Soit vous êtes contre le coach et vous n’osez pas me le dire, connaissant ma

relation avec Roberto… Mais les gars, c’est mon boulot. S’il faut le sortir, j’en parlerai avec Pablo (Longoria) et on le sortira. Soit vous en avez contre le président, dans ce cas il faut me le dire, ce sera compliqué mais on fera remonter le message. Soit c’est contre moi. Si c’est ça, je suis prêt à démissionner demain pour le bien du club.’ Il y avait “Auba”, Hojbjerg, Leo (Balerdi), il était 1h du matin. ‘Les gars, dites-moi juste comment c’est possible de jouer

comme ça, de ne pas aller au combat, dans le duel… Expliquez-moi, j’ai besoin de savoir. Le coach ne comprend pas non plus, il est perdu’. Et là ils m’ont tous dit : ‘Non, non. On n’a rien contre personne…’ Pour répondre à votre question… Que moi, j’annonce ma démission ou pas… tu ne joues pas pour Medhi Benatia. Je ne suis pas là pour m’entendre avec les joueurs, pour être leur ami. Moi, je suis là pour mettre un cadre de travail, pour imposer

une méthode avec l’entraîneur et faire avancer le projet. Après, il y a une relation qui se crée avec certains, parce que le mec est un combattant, c’est celui qui prend la parole dans les moments difficiles, qui est blessé mais se propose de jouer même 20 minutes… Moi, ça me parle ce genre d’attitudes. Mais tu ne joues pas pour l’entraîneur. Moi, j’ai eu des coaches que je n’ai pas spécialement aimés. Et alors… quand je dois marquer un mec sur le corner, je

fais semblant de ne pas le voir pour qu’il me passe dans le dos et prendre un but ? Ça n’existe pas ça, je n’ai jamais vu ça, moi. Que j’ai posé ma démission ou pas, je suis encore ce soir le directeur du football de l’OM. Quand on prend la décision avec Frank (McCourt) d’une mise au vert punitive, parce que c’était une honte ce qu’on a vu à Nantes… Je suis encore dans mon rôle que je sache… Frank voulait qu’on marque le

coup. Mon salaire en ce moment est le même qu’en début d’année, il n’a pas bougé, pourtant j’ai posé ma démission. Donc je suis dans mon métier jusqu’au bout, donc respecter l’actionnaire, c’est donner le maximum jusqu’au dernier jour. Et c’est ce que j’ai fait ici, je n’ai pas fait de concessions, pas de copains copains comme on fait souvent à Marseille, j’ai pas fait tout ça moi. J’ai regardé tout le monde dans les yeux, j’ai écouté mon actionnaire et j’ai travaillé dans ce

sens-là. J’ai une relation transparente avec tout le monde. J’ai encore vu tous les salariés, les magasiniers, des gens qui ont beaucoup de valeur pour moi. Des gens qui aiment l’OM, vraiment. Personne ne les voit, malheureusement parce qu’ils ne viennent pas devant vous… Sûrement qu’ils ne sont pas intéressants. Mais moi si, ça m’intéresse d’entendre qu’ils n’ont jamais vu ça en 20 ans. J’ai entendu dernièrement que j’ai des problèmes avec les salariés. J’adorerais qu’un salarié me dise qu’il a un problème avec moi.

Je n’ai jamais rien entendu. Le peu de personnes qui ont créé du tort à l’OM depuis 15-20 ans n’est plus là aujourd’hui. Tant mieux ! Sinon, je n’ai jamais eu de problèmes avec personne. J’ai été dans mon rôle jusqu’au bout. C’est pour cela que je suis venu au dernier match, moi, j’ai assisté à ce match avec forcément un peu moins d’émotions. L’an passé, on jouait pour une 2e ou 3e place… Il y a beaucoup d’amertume, mais aussi beaucoup de joie de

savoir que ça se termine et je vais retrouver une vie normale. C’est le bon côté. Est-ce Grégory Lorenzi qui va vous succéder ? Aucune idée ! J’ai entendu des choses. Si c’est lui, je serai très content pour lui et le club. Pour moi, c’est quelqu’un qui s’est fait dans un club où les moyens sont réduits, c’est plus compliqué. Il a montré de très belles choses. Tout à l’heure on parlait des équipes qui ne lâchent jamais rien… Il faut aller jouer à

Brest. On en a des souvenirs de là-bas. Tu peux gagner face à eux, mais ils sont toujours à 100%, tu sais que ce sera toujours difficile contre eux. Je pense qu’avec le coach Roy ils ont réussi de grandes choses. Il a fait ses preuves, il a une grande expérience. Pour moi, c’est un choix intelligent de la direction. Je sais que le directeur général, Alban Juster, a beaucoup travaillé avec Stéphane (Richard) sur ce dossier. Je ne sais pas exactement ce qu’il en

est. Je sais qu’il est dans les tuyaux, mais j’ai entendu d’autres noms aussi. Si c’est lui, je lui souhaite beaucoup de réussite, beaucoup de patience, parce qu’il en faut, et j’espère qu’il restera droit dans ses bottes, comme il l’a fait en Bretagne, qu’il viendra avec son sang corse et qu’il ne fera pas de demi-mesure comme on aime faire ici, quand on se fait prendre par le contexte. Mais je n’ai pas de doutes le concernant.

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