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Cemac : la BEAC hausse le ton sur le rapatriement des devises pétrolières et minières

La BEAC impose un relèvement du rapatriement des devises issues du pétrole et des mines, pour renforcer les réserves de change de la Cemac.

Le rapatriement des devises sort du registre des discussions pour entrer dans celui des obligations.

La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a signé, le 23 avril, une instruction qui oblige les sociétés pétrolières et minières à accroître le rapatriement de leurs recettes d’exportation.. Dans l’esprit des autorités monétaires, l’enjeu est directement lié au niveau des réserves de change de la zone Cemac, aujourd’hui sous pression.

Jusqu’ici, les négociations n’ont pas permis d’obtenir un basculement durable. Misryoum rapporte que la BEAC change donc de méthode: elle passe d’une approche de persuasion à une logique d’injonction.

Derrière la décision, il y a une tension de fond entre le besoin de devises dans la région et la pratique, souvent jugée plus avantageuse pour les opérateurs, de conserver une partie des flux à l’étranger.

L’instruction ne prévoit pas un taux unique. Elle annonce un relèvement progressif, ajusté selon les secteurs, afin de tenir compte des réalités propres à l’exploitation pétrolière et minière. Les entreprises concernées ne peuvent plus, de fait, renvoyer indéfiniment le sujet.

Cette fermeté place aussi les États de la Cemac face à leurs responsabilités.. Car si l’on observe une préférence de longue date des entreprises pour garder leurs devises hors de la zone, les États, avec quelques exceptions, ont souvent laissé durer la situation.. Misryoum souligne que les conséquences se mesurent aujourd’hui dans la capacité de la BEAC à garantir la convertibilité du franc CFA et à stabiliser l’économie régionale.

Dans ce contexte, la BEAC redoute autant le contournement que l’inaction. Les opérateurs pourraient tenter de réorienter leurs flux via des places financières moins contrôlées, ou chercher à obtenir des dérogations en jouant sur les leviers politiques.

Pour l’institution monétaire, tout se joue désormais dans la rigueur de l’application. Misryoum indique que la crédibilité de la BEAC dépendra des sanctions et, surtout, de la coopération réelle des gouvernements.

L’instruction du 23 avril marque aussi une rupture méthodologique après six années de discussions. Alors que le débat restait souvent ouvert, la règle devient impérative, et la question se déplace vers la gouvernance de la manne issue du sous-sol.

À terme, si les États suivent, les réserves de change pourraient retrouver une dynamique plus favorable.. Mais ce dossier dépasse la technique: il interroge la capacité de la Cemac à reprendre le contrôle collectif de ses ressources plutôt que de laisser les décisions se prendre ailleurs, au gré des opérateurs.