Ultim d’Anthony Marchand : 93 km/h et la Route du Rhum en ligne de mire

Un géant des mers, l’Ultim Actual Ultim 4, s’apprête à quitter la Méditerranée. Anthony Marchand évoque un bateau pensé pour l’aérodynamique, mesuré à 93 km/h, avant la Route du Rhum.
Marseille a eu droit, ces jours-ci, à un spectacle rare : un Ultim, construit pour tailler l’air et avaler la distance à pleine vitesse, passe dans les eaux de la ville avant de repartir vers la course.
Dans cet Ultim mené par Anthony Marchand, la vitesse n’est pas un slogan.. Son navigateur de 41 ans décrit ce que signifie « aller plus vite » : la pointe a été mesurée à 93 km/h, un chiffre qui rapproche l’engin d’une logique de “Formule 1 des mers”.. La sensation, elle, ne se limite pas aux performances : selon le skipper, il existe un vrai travail sur l’aérodynamique, avec une coque pensée pour accélérer et une forme conçue pour « surfer sur l’eau »..
Le poids, lui, impressionne à froid : 16 tonnes.. Mais ce gabarit ne s’accompagne pas de lourdeur en pilotage, au moins dans la manière dont Marchand le ressent.. « Étonnamment, c’est aussi réactif qu’un petit catamaran de plage », explique-t-il, soulignant une direction très sensible, où la masse devient presque “secondaire” une fois le bateau lancé.. Le point clé réside dans le toucher de barre : il faut être fin, précis, au moment où la vitesse s’installe.
Derrière la ligne de flottaison, le projet doit beaucoup à l’équipe.. Autour d’Anthony Marchand, 20 personnes travaillent sur Actual Ultim 4, et l’organisation ressemble davantage à celle d’une écurie qu’à celle d’une simple campagne en solitaire.. Objectif : tenir un programme exigeant, fiabiliser les choix techniques, et viser la performance sur une épreuve dont le calendrier impose une préparation sans marge.
Le rendez-vous n’est pas anodin : la Route du Rhum s’élancera le 1er novembre depuis Saint-Malo.. Pour Marchand, l’événement a une dimension presque personnelle.. Dans l’habitacle réduit à 6 m², il raconte l’attachement à la course et l’envie d’y prendre part, “encore plus” dans la catégorie Ultim.. Mais il ne cache pas non plus l’ombre portée de ce départ : l’émotion, le compte à rebours, la sortie d’écluse, tout ce qui précède l’allure de course.. Pour lui, c’est forcément un moment stressant, et cette intensité fait partie du rêve.
Entre Marseille et l’entrée prochaine en phase course, la Méditerranée sert justement de terrain pour régler les sensations et vérifier la cohérence du bateau.. Ici, la mer change, les conditions n’ont rien d’un décor figé : le vent, la houle, la tenue de cap exigent des ajustements permanents.. Pour un Ultim, ce “temps de réglage” compte autant que la vitesse pure.. On comprend mieux pourquoi l’aérodynamique et la manière dont la coque travaille l’écoulement autour du bateau ne sont pas des détails théoriques, mais des leviers concrets quand il s’agit d’accélérer et de conserver l’efficacité.
Ce qui rend l’instant marseillais particulier, c’est la façon dont la performance se conjugue à la maîtrise.. Un navire de 16 tonnes, taillé pour prendre de la vitesse, doit rester pilotable et surtout lisible à la main.. La comparaison avec un catamaran de plage, si elle relève d’un ressenti, indique surtout une intention : rendre “vivable” la puissance, permettre des corrections rapides, et éviter que la masse ne dicte la trajectoire.. Sur une transat, où chaque variation de cap et chaque choix de trajectoire se paient en heures, la précision de barre devient une forme de stratégie.
Au moment où la route se refermera progressivement vers Saint-Malo, une chose demeure : ce genre de projet ne s’improvise pas.. Actual Ultim 4 arrive avec une équipe, une logique d’optimisation, et une obsession de l’efficacité.. Dans quelques jours, le bateau quittera les eaux méditerranéennes, mais l’essentiel de ce qu’il a à accomplir se jouera ailleurs : tenir le rythme, traverser les phases difficiles et transformer la pointe mesurée à 93 km/h en régularité jusqu’au départ de la Route du Rhum.