TVA 9 % sur les intrants avicoles : la demande de suppression en Côte d’Ivoire

TVA 9 – Les aviculteurs réunis au sein de l’IPAVI réclament la suppression de la TVA de 9 % sur les intrants, accusée d’alourdir les coûts et d’affaiblir la filière.
Abidjan a accueilli les Journées nationales de l’aviculture (JNA), et les discussions ont vite convergé vers un point sensible : la TVA de 9 % appliquée à certains intrants destinés à l’alimentation de la volaille.
Une taxe de trop pour une filière où les intrants pèsent lourd
Réunis au sein de l’Interprofession avicole ivoirienne (IPAVI). les aviculteurs ont plaidé. samedi 25 avril 2026. pour la suppression de cette TVA.. Leur raisonnement est direct : dans la chaîne avicole. les intrants ne sont pas une ligne budgétaire parmi d’autres.. Ils constituent une part majeure des charges. représentant plus de 60 % des coûts de production selon les professionnels du secteur.
Quand la TVA s’ajoute, la pression financière ne reste pas cantonnée aux fabricants d’aliments.. Elle remonte et se répercute sur toute la filière : éleveurs. unités de transformation et. in fine. la capacité à investir.. Autrement dit. la demande de suppression n’est pas présentée comme une revendication isolée. mais comme une tentative de restaurer des marges qui permettent de produire plus régulièrement et de mieux planifier.
Pourquoi l’enjeu dépasse la seule question fiscale
La thèse portée par les aviculteurs s’inscrit dans une logique de souveraineté alimentaire.. Les JNA avaient pour thème « L’aviculture moderne ivoirienne face aux enjeux de souveraineté alimentaire ». et c’est précisément là que la taxe devient un sujet de fond : au-delà du prix d’achat. les intrants influencent la stabilité des filières. la qualité des élevages et la compétitivité face à toute variation des coûts.
La TVA de 9 % peut sembler limitée à première vue. mais dans un secteur où les intrants déterminent une grande partie du coût final. l’effet cumulatif devient rapidement visible.. Les professionnels décrivent ainsi un système où chaque hausse amplifie la contrainte sur les acteurs en bout de chaîne. notamment ceux dont le pouvoir de négociation est plus faible.
De nombreux lecteurs peuvent reconnaître ce mécanisme dans d’autres filières alimentaires : quand l’amont augmente. ce sont souvent les producteurs qui absorbent la majeure partie du choc avant que les prix ne s’ajustent.. Dans l’aviculture. l’enjeu est encore plus sensible. car la production vise aussi l’accès régulier à des protéines animales.
Vers des intrants plus locaux et une logistique renforcée
Au-delà de la TVA, les recommandations formulées par les participants dessinent une feuille de route plus large.. Ils appellent à renforcer les partenariats public-privé. à soutenir la production locale d’intrants agricoles tels que le maïs. le soja et le coton. et à améliorer les infrastructures et la logistique.. L’idée est claire : réduire la dépendance aux facteurs exogènes (disponibilité. transport. coût d’approvisionnement) qui rendent les charges difficiles à maîtriser.
Les aviculteurs demandent aussi la mise en place de zones exclusives d’élevage.. Ce type de mesure vise généralement à mieux organiser l’implantation des exploitations. à encadrer les flux et à limiter les risques sanitaires.. Dans un contexte où la biosécurité est devenue un impératif de production. l’optimisation de l’espace et des conditions d’exploitation peut faire la différence.
Sur le plan technique. la promotion de l’innovation dans les systèmes de production. la formation professionnelle et l’accompagnement spécialisé au moment de l’installation sont mis en avant.. Les participants demandent également une application rigoureuse des mesures de biosécurité. une meilleure appropriation des textes réglementaires. ainsi qu’un suivi technico-économique appuyé par une collecte renforcée de données techniques et financières.
Biosécurité, compétitivité et cohésion de la filière
La question de la TVA se retrouve finalement liée à une autre réalité : la résilience.. Les participants insistent sur la consolidation de la cohésion autour de l’IPAVI. avec l’objectif de rendre la filière « plus compétitive et résiliente ».. Cette cohésion n’est pas seulement institutionnelle.. Elle influence la capacité collective à acheter, produire, sécuriser les intrants, mieux gérer les risques et négocier.
Au nom du ministre des Ressources animales et halieutiques. le conseiller technique. Dr Dagnogo Komissiri. a rappelé que le gouvernement accorde une priorité soutenue au développement du secteur agricole. sous l’impulsion du président de la République. Alassane Ouattara.. Le message insiste sur le rôle de l’aviculture comme levier stratégique pour atteindre la souveraineté alimentaire en protéines animales. tout en contribuant à la création d’emplois et à l’insertion socio-économique des jeunes et des femmes.
Cette dimension sociale compte autant que l’aspect économique.. Quand la filière tient, elle soutient des revenus directs et indirects : élevage, transformation, transport, services techniques.. Et quand elle souffre, ce sont souvent les acteurs les plus exposés qui subissent les premières conséquences.
Un secteur en croissance, mais des coûts qui peuvent freiner
Les JNA ont aussi rappelé le dynamisme du secteur.. La production de viande de volaille serait passée de 23 000 tonnes en 2010 à 115 000 tonnes en 2024. couvrant près de 99. 5 % des besoins nationaux.. Les œufs auraient atteint 1. 3 milliard d’unités. avec plus de 300 000 emplois et un chiffre d’affaires estimé à 450 milliards de francs CFA.
Ces chiffres traduisent un secteur qui avance.. Pourtant. les revendications autour de la TVA suggèrent que la trajectoire de croissance doit désormais composer avec des facteurs de coût.. La question centrale pour la suite est donc la même : comment préserver la dynamique sans étouffer les marges nécessaires à l’investissement et à la modernisation ?
Avec plus de 1 800 visiteurs issus de la filière. des institutions de formation et de recherche. des partenaires techniques et financiers. du secteur privé et de la société civile. les échanges ont clairement montré que l’aviculture ivoirienne ne se limite pas à produire davantage.. Elle cherche aussi à mieux produire : plus localement, plus efficacement, et avec une meilleure capacité à absorber les chocs.
La suppression de la TVA sur les intrants. si elle aboutissait. serait perçue comme un signal concret en faveur de la compétitivité.. Et. plus largement. comme une décision qui pourrait accélérer une logique de souveraineté alimentaire par des systèmes de production plus organisés. mieux protégés et plus soutenus.