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CENI au Sénégal : le juge Dème alerte sur un risque institutionnel majeur

Dans une tribune, le juge Ibrahima H. Dème met en garde contre la création d’une CENI, estimant que la réforme pourrait fragiliser l’architecture électorale.

Créer ou réorganiser l’architecture électorale, c’est toucher au socle même de la confiance publique.. Dans une tribune publiée ce vendredi, le juge Ibrahima H.. Dème, président du parti ETIC et ancien magistrat délégué de la Cour d’appel, s’oppose fermement au projet de création d’une Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) au Sénégal.

Pour le juge Dème, la question n’est pas seulement technique.. Elle engage la stabilité institutionnelle et le fonctionnement d’un système électoral qu’il juge déjà éprouvé.. Il rappelle avoir, personnellement, supervisé huit scrutins et estime que le bilan des alternances démocratiques conforte l’idée que l’existant a su tenir ses promesses.

Son inquiétude vise particulièrement le passage d’une logique de collaboration entre institutions à une logique de bascule de compétences, avec le risque de déplacer le centre de gravité sans garantie suffisante de continuité.

Dans sa lecture, le projet de réforme ne se résumerait pas à des ajustements.. La CENI se verrait confier l’ensemble du processus électoral : révision des listes, gestion de la carte électorale, réception des candidatures, organisation du vote, dépouillement et acheminement des procès-verbaux.. Autrement dit, une partie des tâches actuellement portées par le ministère de l’Intérieur, la CENA et la justice serait transférée.

Cette reconfiguration, souligne Misryoum en reprenant les termes du débat, soulève trois risques majeurs.. D’abord, la déconsolidation institutionnelle : selon lui, remplacer brutalement une architecture rodée par une structure nouvelle, sans expérience ni mémoire administrative, introduirait de l’incertitude là où la stabilité dominait.

Ensuite, il met en avant la concentration des pouvoirs. En cumulant organisation, supervision et contrôle, la CENI ferait, selon le juge, perdre la logique de vérifications croisées qui contribuerait aujourd’hui à l’intégrité du scrutin.

Enfin, Misryoum note que le juge Dème redoute un affaiblissement du juge électoral, qu’il présente comme un garant essentiel de la sincérité du vote, susceptible d’être relégué au second plan face à une autorité administrative dotée de prérogatives plus étendues.

Au-delà de l’architecture, le magistrat s’inquiète aussi des innovations techniques annoncées.. Il évoque notamment la dématérialisation, le parrainage automatisé et, à terme, le vote électronique, estimant que sans consensus ni dispositifs de contrôle solides, ces évolutions pourraient nourrir la suspicion davantage que la confiance.

Pour autant, le juge Dème ne rejette pas toute évolution.. Il défend au contraire des réformes ciblées : renforcement des pouvoirs de la CENA, plus grande transparence du fichier électoral, publication des résultats bureau par bureau et adoption du bulletin unique.. Dans sa tribune, il estime que la réforme de type CENI représenterait une réponse disproportionnée à un problème, selon lui, insuffisamment démontré.

Ce que ce débat met en lumière, au-delà des institutions, c’est l’équilibre délicat entre modernisation, continuité et contrôle. Quand les missions se déplacent, la perception de la neutralité et des garanties devient, presque immédiatement, un enjeu politique et démocratique.