Région : Jérôme Durain dénonce «l’inflation démagogique» sur la vie chère

À Dijon, Jérôme Durain détaille des mesures pour le pouvoir d’achat (TER, cantines, énergie) et refuse un «coup de pouce» carburants. L’opposition débat du budget et de la démocratie régionale.
Dijon a servi de cadre aux échanges du conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté ce 29 avril 2026, avec un fil rouge : la « vie chère » et ses conséquences sur le quotidien.
Pour Jérôme Durain, président de la Région, l’urgence ne se résume pas à des annonces destinées à faire plaisir.. Il a dénoncé « l’inflation démagogique » née, selon lui, de la pression politique autour du pouvoir d’achat.. Devant les élus, il a aussi tenu à inscrire la séquence dans une dynamique plus large, avec des « félicitations républicaines » aux élus locaux issus des dernières municipales, tout en appelant à avancer « en pack » avec celles et ceux désignés par le suffrage universel.
Dans son discours liminaire, le socialiste a choisi de répondre point par point aux critiques venues des bancs de l’opposition.. Son angle : montrer que la collectivité agit déjà concrètement, notamment via le rail pour les déplacements du quotidien.. Jérôme Durain a annoncé vouloir « sanctuariser le premier pallier » de la tarification TER, visant les courtes distances, celles utilisées par les habitants pour aller travailler chaque jour.. À ses yeux, c’est là que se joue une partie du pouvoir d’achat, plus que dans des mesures ponctuelles.
Pour étayer son argument, l’exécutif régional a mis en avant plusieurs enveloppes présentées comme directement liées à la hausse du coût de la vie.. Le président a notamment rappelé la mobilisation annuelle de 50 à 60 millions d’euros destinée à prendre en charge une partie du coût des repas dans les cantines des lycées.. Il a également mentionné un effort de 7,6 millions d’euros par an pour soutenir des travaux dans les logements sociaux, afin de réduire fortement la consommation d’énergie des locataires.
Le volet jeunesse figure aussi dans la démonstration.. Le partenariat avec le CROUS, chiffré à 7,7 millions d’euros par an, vise 2.500 étudiants boursiers.. Jérôme Durain a ainsi cherché à donner une cohérence d’ensemble : protéger les publics les plus exposés à la hausse des prix, sans s’enfermer dans la seule réponse « choc » qui, d’après lui, coûterait cher et détournerait la Région de ses priorités.
Surtout, le président de Région s’est montré ferme sur un thème qui revient à chaque campagne : les carburants.. Face aux demandes du Rassemblement national concernant un « coup de pouce crédible sur les prix à la pompe », Jérôme Durain a rejeté l’idée d’une aide qu’il juge déconnectée et insuffisante.. Il a évoqué un raisonnement budgétaire clair : « amputer la Région de ces recettes » reviendrait, selon lui, à fragiliser l’action publique au moment où il faut précisément préserver ses marges.
Le débat s’est alors déplacé vers la méthode et les choix budgétaires.. L’opposition a critiqué des décisions et des arbitrages liés à la première décision modificative budgétaire, tout en pointant la question de la dette et des investissements.. Jean-Marie Sermier, au nom d’une coalition de droite et de centre écologiste, a appelé à « revenir à la real politik », plaidant pour une réduction de la voilure et une priorisation des investissements, au risque d’hypothéquer les services « de demain ».. De l’autre côté, Julien Odoul a choisi une tonalité plus tranchée, avec l’idée d’une sanction politique adressée à la gauche régionale, assortie d’une charge sur la manière dont le pouvoir socialiste gère, selon lui, les contraintes nationales.
Au-delà des rivalités partisanes, plusieurs interventions ont touché des sujets qui dépassent la seule bataille du pouvoir d’achat.. Denis Thuriot a insisté sur « la coopération » entre collectivités, jugeant que la Région a un rôle de protection à jouer, avec des moyens et des actes.. Dans le même temps, il a soulevé un point interne : le règlement intérieur et la manière de comptabiliser l’assiduité des élus siégeant dans des commissions.. Pour sa part, Claire Mallard a remis la question énergétique au centre, parlant d’« urgence » d’autonomie énergétique pour sortir de la dépendance au gaz et au pétrole et éviter une crise du pouvoir d’achat « sans fin ».. La discussion a aussi effleuré la sécurité des territoires, l’adaptation face aux effets du climat et la place de l’agriculture.
Sur le plan économique, Jérôme Durain s’est appuyé sur une « bonne nouvelle » industrielle avec l’annonce par EDF de la création, via Arabelle Solutions, d’une usine d’échangeurs de chaleur à Chalon-sur-Saône.. Une promesse d’activité qui, dans la narration du président, sert de levier pour rappeler que la Région veut rester une terre capable de construire « l’énergie de demain ».. Dans le même souffle, il a évoqué une histoire « douloureuse » liée au rachat temporaire d’Arabelle Solutions par General Electric, signe que les sujets industriels restent sensibles politiquement, mais aussi socialement.
Enfin, le conseil régional a aussi été le théâtre de changements de sièges.. Sandra Iannicelli a quitté un groupe et siégera désormais comme non-inscrite, tandis que le Rassemblement national a vu un renouvellement avec la perte du mandat régional de René Lioret, remplacé par Myriam Peronne.. Ces mouvements rappellent que la vie institutionnelle ne se contente pas de votes et de délibérations : elle dépend aussi de la configuration des mandats, de la loi sur le non-cumul et des trajectoires politiques locales.
Dans l’ensemble, la journée a mis en lumière un clivage récurrent : d’un côté, ceux qui estiment que la Région doit protéger au plus vite, avec des mesures ciblées ; de l’autre, ceux qui contestent la trajectoire budgétaire et la capacité à anticiper.. La « vie chère » aura donc servi de révélateur — pas seulement du coût des courses — mais aussi de la façon dont chaque camp pense l’action publique : par l’addition de dispositifs, par le débat sur la démocratie et les règles internes, ou par la bataille des priorités.. Pour la Bourgogne-Franche-Comté, la suite dépendra de l’exécution budgétaire et de la capacité à tenir, dans la durée, les annonces liées au TER, au logement, à l’énergie et aux investissements.