🎧🎤Deux voix pour la parole des descendants d’esclaves : Yewhe Yeton et Sophie Maillard
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Un podcast et un spectacle relient Guadeloupe, Bénin et France autour des témoignages des descendants d’esclaves, en musique et en lecture.
En ce Mois des mémoires, en cette veille du 10 mai, journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition et vingt-cinq ans ans après la promulgation de la loi Taubira reconnaissant l’esclavage comme un crime contre l’humanité, L’Oreille… se tend vers le musicien Yewhe Yeton et la comédienne Sophie Maillard qui avaient conclu le mois dernier un week-end consacré à l’anthropologie, L’anthropologie va vous surprendre, au Musée du Quai Branly.Conçu
comme un enchevêtrement de lectures de textes – notamment d’auteurs de la Caraïbe -, de musiques traditionnelles du Bénin et de témoignages sonores de descendants d’esclaves en Guadeloupe, S’ilù Akoko, au rythme du temps, né sur scène au Musée du Quai Branly à Paris, le 5 avril dernier, trouve ses origines dans un projet artistique qui remonte plus loin dans le temps et dans l’espace, du côté de la Guadeloupe… Yewhe Yeton, porteur des traditions
musicales du Bénin et Sophie Maillard, comédienne engagée – avec d’autres complices – dans le Collectif l’art au quotidien, sont allés recueillir des témoignages dans l’archipel, pour entendre de vive voix les traces laissées par l’esclavage aujourd’hui et dresser ainsi des ponts entre le continent africain, les Antilles et la France.Les deux interprètes reviennent sur la genèse de ce projet dans le podcast L’Oreille est hardie : Un pont entre les rives C’est la chercheuse
en sociolinguistique Estelle Dagaut qui est à l’origine du projet (pour avoir vécu longtemps en Guadeloupe) et c’est aussi elle qui a fait le lien entre d’un côté le musicien issu du Bénin, Yewhe Yeton et de l’autre, les deux co-fondatrices du Collectif l’art au quotidien – dont la comédienne Sophie Maillard qui associe sur scène sa voix à celle du musicien, dans une mise en espace signée Sylvie Cavacciuti.. Recueillir les mots et les
maux Objectif du projet : recueillir la parole d’hommes et de femmes qui évoquent ce que sont leurs vies, leurs réflexions et leurs sentiments sur l’esclavage et ses conséquences dans une terre comme celle de la Guadeloupe.. Des paroles intimes, des mots qui trahissent des maux, souvent tus en raison de leur douleur sourde, silencieuse.. Évidente d’un côté, en raison de la violence du crime commis sur les ancêtres ; plus confuse d’un autre côté,
parce que les conséquences qui se sont répercutées de générations en générations, ont été peu écoutées et vraiment prises en compte.. Mémoire du Bénin…. à la Guadeloupe Pour Yewhe Yeton, grand militant de la mémoire avec un souci de toujours mettre en avant les traditions rythmiques et musicales de son pays, ce voyage en Guadeloupe et le temps de résidence comprenant ce recueil de la parole, s’est révélé essentiel.. Lui, enfant du Bénin, d’où ont
été embarqués bien des hommes et des femmes en route pour la servitude absolue, a parcouru maintes fois en grandissant les routes de l’esclavage.. Il y avait comme une forme de résolution à continuer (achever ?) ce voyage sur les terres de déportation, où le crime s’est poursuivi.. Au cours des rencontres, pas seulement avec les témoins descendants d’esclaves, mais aussi avec les musiciens de la Guadeloupe, l’occasion lui a été donné de se rendre
compte à quelques points les rythmes étaient les mêmes, sorte de filiation directe qui lui a sauté sur place à l’oreille.. Manière aussi de panser des plaies engendrées par l’Histoire, comme il l’évoque dans L’Oreille est hardie… Dire et lire à voix haute Sophie Maillard, quant à elle, parle du recueil des témoignages en Guadeloupe et de la lecture d’auteurs comme Patrick Chamoiseau, Aimé Césaire et d’autres, sur scène, comme d’une expérience puissante.. Elle souligne
combien cette résidence guadeloupéenne lui a apporté artistiquement et humainement et évoque au passage le trouble – et l’implication qui en découle pour elle – d’avoir trouvé parmi les propriétaires des plantations esclavagistes, à l’époque, le nom de famille de ses cousins de Bretagne.. “Forcément, ça implique encore plus et on ne peut pas rester indifférent à cette histoire”, dit-elle en substance dans L’Oreille… Témoignages à (ré)entendre Témoignages, musiques et lectures… Le spectacle S’ilù Akòkò,
au rythme du temps est fait de tout ça mais il est plus encore.. Et sera amené à s’affirmer encore plus puisqu’il n’en a été qu’à ses balbutiements au Musée du Quai Branly, c’est ce qu’espèrent ses deux interprètes Yewhe Yeton et Sophie Maillard.. Sachant aussi qu’au-delà de la représentation sur scène, cette expérience humaine et artistique devrait aussi donner lieu à des documentaires sonores, croisements entre les voix des témoins guadeloupéens, descendants d’esclaves, et
la musique que Yewhe Yeton créera spécialement pour mieux faire entendre ces paroles.. Comme autant de portraits, de reflets de cette histoire du passé dont les échos et les ramifications ne cessent pas de se faire entendre et ressentir aujourd’hui encore.. Et pas seulement en ce Temps des mémoires ou de célébration des vingt-cinq ans d’une loi essentielle… Retrouvez Sophie Maillard et Yewhe Yeton dans L’Oreille est hardie, c’est par ICI !. Ou par là
: “S’ilù Akòkò, Au rythme du temps”, lecture-concert, par le musicien Yewhe Yeton et la comédienne Sophie Maillard, mise en espace de Sylvie Cavacciuti.
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