Maroc : qui paie le prix du déficit d’emploi ?

Le Maroc peine à créer assez d'emplois pour sa population, laissant les jeunes et les femmes en première ligne face au chômage, selon un rapport récent.
Le marché du travail marocain est aujourd’hui confronté à une réalité brutale : le Royaume crée beaucoup moins de postes que ce que sa démographie impose.. Alors que le taux de chômage national stagnait à 13 % fin 2025, la situation réelle du déficit d’emploi révèle des inégalités marquées qui frappent de plein fouet les franges les plus dynamiques de la société.
Les chiffres compilés par Misryoum ne laissent que peu de place au doute : le chômage des jeunes culmine à 38,4 %, tandis que celui des femmes atteint 21,6 %.. Plus inquiétant encore, le taux d’activité féminin continue de s’effriter malgré une scolarisation en hausse, un paradoxe qui souligne l’inadéquation entre la formation académique et les besoins réels du tissu économique national.
Cette situation met en lumière une fracture sociale profonde où une part croissante de la population active se retrouve durablement exclue du marché du travail, compromettant ainsi le potentiel de développement économique à long terme du pays.
Depuis deux décennies, l’écart entre la démographie et la création de valeur s’est creusé.. Entre 2000 et 2024, la population en âge de travailler a crû deux fois et demie plus vite que le nombre d’emplois disponibles.. Ce déficit, chiffré à environ 215 000 postes par an sur la période, a bondi pour atteindre une moyenne de 370 000 emplois manquants entre 2020 et 2024.
Plusieurs blocages structurels freinent cette dynamique.. Près de 40 % des entreprises opèrent dans des secteurs où la concurrence est trop limitée pour encourager l’expansion et l’embauche.. Parallèlement, l’omniprésence du secteur informel, qui absorbe environ 45 % des travailleurs, limite l’efficacité des réformes visant à stabiliser et protéger l’emploi formel.
Bien que des secteurs comme l’automobile ou l’aéronautique aient propulsé la compétitivité du Maroc sur l’échiquier mondial, ils peinent à absorber la masse de demandeurs d’emploi.. L’investissement public, moteur jusqu’ici essentiel, doit désormais laisser davantage de place au secteur privé pour transformer ces filières de pointe en véritables leviers de recrutement massif.
La feuille de route proposée par Misryoum mise sur une restructuration en quatre axes : compétitivité accrue, dynamisme entrepreneurial, ciblage des investissements et inclusion.. Si ces leviers sont activés, les projections tablent sur la création de 1,7 million d’emplois supplémentaires d’ici 2035, avec un impact significatif sur la croissance globale du pays.
Ce défi structurel n’est pas seulement économique ; il est la clé de voûte de la stabilité sociale future, car la capacité du pays à intégrer ses jeunes et ses femmes déterminera sa trajectoire de développement pour les prochaines décennies.