Haiti News

Assassinat de Jovenel Moïse : à Miami, le jury face à deux récits irréconciliables

À Miami, après huit semaines d’audiences, la défense conteste la cohérence du dossier tandis que le jury devra trancher entre deux narrations.

Un procès qui se joue désormais sur une ligne de fracture: à Miami, le jury se retrouve confronté à deux récits qui ne parviennent pas à se rejoindre autour de l’assassinat de Jovenel Moïse.

Après huit semaines d’audiences, le procès fédéral entrera dans sa phase décisive, avec des plaidoiries finales attendues après la clôture du dossier de l’accusation.. Les débats ont été marqués par des tensions procédurales, des discussions sur l’admissibilité de certaines pièces et des contraintes persistantes liées à l’accès à des acteurs restés en Haïti.. Dans cette étape, la défense a pris la main pour présenter ses arguments.

À ce stade, Misryoum note que la stratégie de la défense s’est construite sur la mise en question de la cohérence globale.. Les accusés Antonio Intriago, James Solages, Arcángel Pretel Ortiz et Walter Veintemilla ont choisi de ne pas s’exprimer, tandis qu’un autre mis en cause, Christian Emmanuel Sanon, devrait être jugé ultérieurement.

La défense affirme avoir, pendant ses interventions, tenté de fragiliser la structure du dossier.. Dans son approche, elle met en avant des zones d’ombre et des failles, en s’appuyant sur des éléments qui, selon elle, ne s’emboîtent pas correctement.. Mais cette contestation s’accompagne de limites: certains témoins jugés essentiels, notamment des responsables de la police haïtienne ou l’ex-fonctionnaire Joseph Félix Badio, incarcéré à Port-au-Prince, n’ont pas pu être entendus.

Dans le même temps, des restrictions liées à l’accès à des éléments issus de l’enquête menée en Haïti nourrissent, selon la défense, l’idée d’un déséquilibre procédural.. Malgré ces obstacles, la présentation de la défense s’est achevée sans témoignage des accusés, tous ayant exercé leur droit au silence.

Ce point est crucial, car la manière dont un dossier a pu ou non être vérifié en audience pèse directement sur la perception de la preuve, notamment quand le jury doit composer avec des angles morts.

Désormais, l’affaire se concentre surtout sur l’opposition entre deux lectures.. L’accusation défend l’idée d’une conspiration structurée, pensée à l’origine comme une opération d’enlèvement avant d’évoluer vers un assassinat, avec une implication coordonnée des accusés dans le financement et la mise en œuvre.

La défense avance au contraire une vision fragmentée: succession de projets, évolutions imprévisibles et absence d’intention commune clairement établie.. Elle laisse aussi entendre la possibilité d’une intervention d’acteurs extérieurs, notamment au sein des dispositifs de sécurité haïtiens.. Pour le jury, l’enjeu central devient la capacité à reconstituer une chaîne de responsabilité cohérente.

Un autre terrain de controverse concerne la tentative de présenter l’opération comme reposant sur une base légale.. Des documents préparés en amont, dont des projets de mandat d’arrêt et des accords liés à une transition politique, ont été mobilisés par la défense, mais leur validité a été fortement contestée.. La cour a notamment rejeté l’argumentation au motif qu’aucune preuve ne permettait d’établir une autorisation officielle.

Au-delà des questions de responsabilité, des débats techniques ont aussi continué de façonner le dossier.. Une experte médico-légale appelée par la défense a soulevé des interrogations sur l’interprétation de certaines blessures, tout en confirmant que la mort du président résulte de tirs par arme à feu.. Des images de drone de la nuit du 7 juillet ont également été discutées, la défense y voyant un possible décalage entre l’arrivée des commandos colombiens et le moment des tirs, sans que cela ne suffise, à ce stade, à imposer une chronologie incontestée.

À l’approche des plaidoiries finales, Misryoum souligne que les zones d’ombre demeurent: rôle exact d’acteurs absents, articulation entre les niveaux d’implication et circonstances précises de l’exécution.. En quelques jours, le jury devra donc trancher entre une histoire de complot coordonné et une histoire d’initiatives aux finalités divergentes, dans un dossier aux enjeux politiques, financiers et sécuritaires majeurs.