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Marie-Josèphe Yoyotte, une vie consacrée au montage cinématographique

Retour sur le parcours exceptionnel de Marie-Josèphe Yoyotte, monteuse légendaire ayant marqué le cinéma français des 400 coups à Microcosmos.

Marie-Joseph Yoyotte est entrée en montage comme on rentre au couvent, tellement passionnée et dévouée à son métier pendant une cinquantaine d’années.. Elle a monté environ 70 films très variés.. Parmi eux : “Les 400 coups”, “La guerre des boutons”, “La Boum”, “Diva”, “Tous les matins du monde”, “Rue Cases-Nègres”, “Siméon”, “Microcosmos”, “Le peuple migrateur” ou “Je vous trouve très beau” de la regrettée Isabelle Mergault décédée récemment.. Dans Zistoir, nous vous proposons d’explorer le

parcours dense de Marie-Josèphe Yoyotte dans un numéro unique intitulé : un film, c’est un rêve.. “Moi, un noir” Marie-Josèphe Yoyotte est née le 5 novembre 1929 près de Lyon d’un père martiniquais et d’une mère bretonne.. Son père dénommé Max grandit en Martinique dans la commune de Saint-Esprit.. Élève boursier, il part faire des études dans l’Hexagone avant de participer à la Première Guerre mondiale.. Il devient ensuite ingénieur chimiste et travaille pour Rhône-Poulenc..

Marie-Josèphe Yoyotte n’a que dix ans au début de l’occupation.. Et à cette époque, bien avant le cinéma, elle découvre le théâtre.. Après-guerre à Paris, elle connaît et participe à la vie de Saint-Germain-des-Prés.. Elle prend des cours d’art dramatique à l’école de la rue Blanche pour devenir comédienne et profite des années euphoriques d’après-guerre ou tout était à reconstruire.. Sa grande amie qui témoigne dans Zistoir se dénomme Nadine Trintignant.. Elles débutent toutes les

deux au cinéma comme assistantes monteuses.. La carrière de cheffe monteuse de Marie-Joseph Yoyotte commence véritablement avec le documentaire “Moi, un noir”, réalisé par Jean Rouch.. Tourné en Côte d’Ivoire, ce film sort en 1958.. Ce film est important pour Marie-Josephe Yoyotte car elle innove dans la manière de monter un film.. Ce documentaire inspire les créateurs du mouvement de la Nouvelle Vague parmi lesquels le réalisateur François Truffaut.. C’est donc logiquement à elle qu’il

fait appel pour monter son premier long-métrage : “Les 400 coups” qui sera primé au festival de Cannes en 1959.. “La guerre des boutons” Après “Les 400 coups”, changement de style !. Marie-Josèphe Yoyotte monte “La famille Fenouillard” d’Yves Robert en 1960, une comédie française.. La même année, elle joue le rôle d’une gitane dans un film de Jean Cocteau “Le testament d’Orphée” dont elle assure aussi le montage.. Jil Servant réalisateur d’un documentaire sur

Marie-Josèphe Yoyotte a retrouvé à la cinémathèque française le scénario du “Testament d’Orphée” annoté par Jean Cocteau et Marie-Josèphe Yoyotte.. En 1961, Marie-Joseph Yoyotte travaille à nouveau avec Jean Rouch pour un documentaire tourné en Côte d’Ivoire.. Puis elle participe au montage du magnifique “Léon Morin, prêtre” qui confirme Jean-Paul Belmondo comme star incontournable du cinéma français.. En 1962, la monteuse retrouve le réalisateur Yves Robert pour “La guerre des boutons”, inoubliable comédie avec sa

réplique légendaire : “Si j’aurais su, j’aurais pas v’nu”.. Puis, par amour, Marie-Joseph Yoyotte fait une pause de 8 ans.. Elle s’installe dans le sud de l’Hexagone et adopte deux enfants.. La parenthèse ne dure que quelques années, elle se sépare de son mari, Pierre Dedet dont le fils Yann deviendra l’un des monteurs les plus réputés du cinéma français.. “La Boum” 1 et 2 Fidèle en amitié, la monteuse retrouve facilement du travail à

Paris.. On ne l’a pas oubliée.. Ses réalisateurs ont souvent des noms dont la consonance se termine en O : Jean-Paul Rappeneau, Claude Pinoteau, ou encore Alain Corneau.. En 1977, elle remporte son premier César pour “Police Python 357” d’Alain Corneau, un film policier avec Yves Montant et Simone Signoret, les grandes stars de l’époque.. C’est la deuxième édition de cette cérémonie qui célèbre le cinéma français.. Dans les années 70 et 80, Marie-Joseph Yoyotte

enchaine les films à un bon rythme.. Elle soigne le montage du gros succès populaire des années 80 “La Boum” qui révèle au public la comédienne Sophie Marceau.. A cette période, il y a un film plus confidentiel qui revêt pour elle une importance particulière : “Rue Cases-Nègres” d’Euzhan Palcy inspiré de l’enfance de l’écrivain martiniquais Joseph Zobel dont la grand-mère a tout fait pour qu’il ne travaille pas dans les champs de canne à

sucre.. Comment Marie-Josèphe Yoyotte et la réalisatrice Euzhan Palcy se sont-elles rencontrées ?. C’est grâce au réalisateur François Truffaut.. Contacté par Euzhan Palcy, il accepte d’être son parrain au cinéma et lui conseille de faire appel à une compatriote : Marie-Josèphe Yoyotte.. Grâce à cette mise en contact, la monteuse découvre enfin la Martinique de son père.. “Microcosmos” Dans les années 90, Marie-Josèphe Yoyotte travaille régulièrement pour la réalisatrice Josée Dayan qui signe de grandes

fresques telles que “Balzac”, “Le comte de Montecristo” ou “Les Misérables” pour la télévision.. Elle monte aussi son premier documentaire animalier pour le cinéma : “Microcosmos”.. Ce film novateur pour l’époque raconte la vie intime et quotidienne des insectes.. À l’arrivée, le film est un succès, le résultat spectaculaire et Marie-Josèphe Yoyotte en est vraiment l’artisane avec la monteuse Florence Ricard.. Elle remporte son 2e César en 1996.. Cinq ans après “Microcosmos”, Marie-Josèphe Yoyotte monte

son deuxième film animalier : “Le peuple migrateur”.. Ce documentaire, qui ressemble à une fiction tellement le récit et l’esthétique sont soignés, raconte la migration des oiseaux, notamment plusieurs espèces d’oies.. Le film est produit par Jacques Perrin, l’inoubliable jeune jeintre des “Demoiselles de Rochefort” de Jacques Demy.. Grâce au “Peuple migrateur”, ce film qui l’a épuisée, Marie-Joseph remporte en 2004 son troisième césar.. Et là, lors de la cérémonie, se produit une scène amusante

à voir ci-dessous.. Éreintée, fatiguée, mais toujours active Marie-Josèphe Yoyotte monte son dernier film en 2007 intitulé “Le deuxième souffle” d’Alain Corneau.. Elle décède dix ans plus tard en juillet 2017 à Issy-Les-Moulineaux.. Elle est incinérée au cimetière du Père Lachaise.. Marie-Josèphe Yoyotte laisse derrière elle l’image d’une grande professionnelle fidèle en amitié.. →Pour retrouver tous les épisodes et les articles de Zistoir et en particulier la série sur les femmes antillaises pionnières au cinéma

et au théâtre (Sarah Maldoror, Jenny Alpha et Marie-Josèphe Yoyotte), cliquez ici.

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