Maître Moissi honoré : le pionnier du taekwondo comorien

Le 19 avril 2026, aux Comores, une cérémonie a rendu hommage à Maître Moissi, figure fondatrice du taekwondo. Plus qu’un sport : une vie de transmission, d’éducation et de culture.
Le 19 avril 2026, à la place de l’Indépendance, les regards se sont tournés vers une même figure : Maître Moissi. Un hommage solennel a salué la trajectoire d’un homme devenu, aux Comores, synonyme de discipline et de transmission.
La cérémonie s’est tenue dans le bâtiment de l’ancienne Assemblée nationale, en présence du Président de la République.. L’événement était dédié à Mahamoud Bakary, connu sous le nom de Maître Moissi, pionnier du taekwondo comorien.. Né le 19 février 1962 à Marovoay, à Madagascar, et originaire de Nyumakele à Anjouan, il a porté très tôt l’idée que l’apprentissage devait dépasser le cadre d’un cours : il devait former, structurer et ouvrir des perspectives.
Son parcours commence par une étape décisive en Guinée Conakry.. Là, il se forme, obtient un diplôme en langue française et découvre le taekwondo.. Ce n’est pas seulement une rencontre sportive qui le marque : c’est une méthode, une façon d’exiger de soi, mais aussi de respecter les autres.. Quand il revient aux Comores, l’ambition est claire : enseigner et bâtir.
Pendant plus de trente ans, Maître Moissi s’est consacré à la formation de la jeunesse.. Il a progressivement structuré la pratique du taekwondo dans le pays, avec une patience de pédagogue.. De son travail, plusieurs clubs ont émergé, et des élèves ont atteint le niveau de ceinture noire.. Pour beaucoup, cette progression ne relève pas d’un simple “passage de grades” : c’est le résultat d’une répétition encadrée, d’une rigueur quotidienne et d’un accompagnement qui transforme la manière de se tenir, de penser et d’agir.
Cette construction patiente a aussi trouvé un écho au-delà des frontières.. Aujourd’hui, la discipline bénéficie d’une reconnaissance internationale, notamment par le Kukkiwon.. Maître Moissi détient une ceinture noire 6e Dan et a reçu plusieurs certificats de mérite, autant de marques de reconnaissance pour sa contribution au développement du taekwondo.. Son nom est désormais associé à un statut particulier : celui de “grand maître” du taekwondo comorien.
Mais l’hommage ne s’arrête pas à la salle d’entraînement.. Maître Moissi était aussi professeur de français.. Il a formé des générations d’élèves, rappelant que la transmission n’a pas de frontière : le langage et le sport peuvent servir la même finalité, celle d’aider quelqu’un à gagner en autonomie.. À cela s’ajoute un autre visage : l’homme de théâtre.. Auteur et metteur en scène, il a contribué à la vie culturelle du pays, en faisant vivre des œuvres et en travaillant la présence, l’écoute et l’expression.
Une vie de discipline, d’éducation et de culture
La cérémonie du 19 avril 2026 vient ainsi consacrer un parcours exemplaire.. On y voit l’empreinte d’un homme qui a relié trois domaines — éducation, sport et culture — avec une logique constante : former des personnes capables de tenir dans l’effort, mais aussi dans la vie sociale.. Cette cohérence donne du sens à l’hommage national : ce n’est pas uniquement un retrait des projecteurs, c’est la mise en lumière d’un héritage.
Pour comprendre l’importance de ce type de reconnaissance, il faut regarder l’impact concret sur le terrain.. Un club créé, une ceinture noire obtenue, une méthode enseignée : ce sont des points de départ.. Ils peuvent inspirer d’autres jeunes à s’engager, offrir des cadres où l’on apprend à respecter des règles, et créer des repères dans une société où chacun cherche sa place.. En ce sens, l’œuvre de Maître Moissi dépasse la pratique du taekwondo : elle agit comme un modèle de construction progressive.
Ce que l’héritage change pour la jeunesse
L’enjeu, désormais, est de maintenir ce cap.. Les disciplines sportives structurées ouvrent des trajectoires : elles renforcent la confiance, apprennent la persévérance et rendent possible une progression mesurable.. La reconnaissance internationale, à travers des institutions comme le Kukkiwon, peut aussi encourager des échanges, des formations plus complètes et une meilleure visibilité du travail local.
Il reste toutefois une question centrale : comment transformer un hommage en mouvement durable ?. La réponse ne se résume pas à une date.. Elle passe par la continuité pédagogique, par la formation de nouveaux encadrants, et par la valorisation des acquis culturels et éducatifs que Maître Moissi a portés toute sa vie.. Aux Comores, la mémoire de Maître Moissi rappelle surtout une chose : la discipline peut devenir une école de citoyenneté, quand elle est transmise avec constance et exigence.