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Fiscalité locale : la grande escroquerie politique

La réforme de la fiscalité locale de 2024 s’enlise, entre blocages techniques et prudence politique, au détriment des recettes des collectivités.

Derrière la promesse d’autonomie des collectivités, la réforme de la fiscalité locale semble surtout révéler les limites d’une ambition politique mal préparée.

Vendue comme un levier pour doter les collectivités territoriales décentralisées de ressources plus stables, la loi de 2024 sur la fiscalité locale s’enlise dans ses propres contradictions.. Dans un travail analysé par Misryoum, l’idée centrale est sans détour : au lieu d’accélérer le changement, l’État freinerait la mise en mouvement d’un dispositif censé être structurant.. La reforme de la fiscalité locale, ainsi présentée, se heurte à une réalité administrative qui peine à suivre.

Le décalage est d’abord technique.. Misryoum rapporte que la mise en place repose sur des prérequis qui ne fonctionnent pas pleinement sur le terrain, notamment l’accès au numéro d’identifiant unique des contribuables.. Sans cette immatriculation, le paiement des impôts devient difficile, ce qui perturbe l’ensemble de la chaîne : moins d’encaissements, moins de recettes, et au final moins de marge de manœuvre pour financer des actions locales.

Autrement dit, quand l’ossature numérique et administrative ne tient pas, la réforme ne se contente pas de ralentir : elle fragilise directement les finances qu’elle devait soutenir.

Dans ce contexte, la rationalisation annoncée et la dématérialisation des paiements se heurtent à un quotidien fait de manques d’équipements, d’outils numériques défaillants et d’une impréparation des services.. Les objectifs affichés peuvent paraître cohérents sur le papier, mais la mise en œuvre devient le point de rupture, là où la réforme devait précisément créer de l’efficacité.

Misryoum souligne aussi que le transfert du recouvrement vers les services fiscaux de l’État, présenté comme un moyen d’améliorer la performance, ne suffirait pas à sécuriser le dispositif.. La dépendance persistante à des déclarations volontaires contribuerait à maintenir un système trop fragile, éloigné des standards qui avaient été mis en avant.

Ce type d’écart entre conception et exécution n’est pas seulement un problème administratif : il retentit sur la capacité même des collectivités à planifier, investir et répondre aux besoins des populations.

Enfin, une dimension politique apparaît comme un facteur de complexité supplémentaire.. Dans la période électorale et un climat social tendu, la mobilisation fiscale aurait pu être mise en retrait par prudence.. Misryoum indique que ce choix, même compréhensible sur le plan politique, risque de tourner à l’inaction, avec des conséquences concrètes pour la collecte et, par ricochet, pour l’ensemble des budgets locaux.

Au final, la promesse d’émancipation des collectivités semble se transformer en dépendance et en désorganisation. La fiscalité locale, annoncée comme un moteur de développement, reste à ce stade une promesse inachevée, voire le symbole d’un pilotage public encore trop limité.

Si la réforme devait être un tournant, c’est désormais sa capacité à produire des résultats concrets qui sera jugée, surtout au moment où les collectivités auront le plus besoin de ressources fiables.

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