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Interview controversée au Burundi : le président face aux critiques

Le président Évariste Ndayishimiye répond à des questions incisives sur la démocratie, l’avion présidentiel et l’émigration médicale, déclenchant un débat national intense.

Une entrevue télévisée a rapidement fait le tour du pays, provoquant des réactions vives parmi les opposants et les partisans. Le journaliste Elie Nibel Nibigira a lancé le président Évariste Ndayishimiye sur le thème de la démocratie, un sujet qui divise le Burundi depuis des années.

« Excellence Monsieur le Président, la démocratie que vous avez combattue serait‑elle la même que prônaient Agathon Rwasa, Frédéric Bamvuginyumvira, Léonidas Hatungimana… ?. », a interrogé le présentateur.. Ndayishimiye a rétorqué en rappelant son passé de combat dans le maquis, soulignant que les attentes diffèrent d’une personne à l’autre.. Il a illustré son propos avec la métaphore d’un bus à destination de Gitega : certains y vont pour un mariage, d’autres pour un enterrement, et certains pour une pré‑dot.. Si le trajet ne satisfait pas, on peut « virer vers un bistrot » pour se désaltérer.. Cette analogie, bien que légère, a été perçue comme un refus de répondre clairement aux inquiétudes sur la gouvernance.

Les critiques voient dans ces propos un éloignement de la démocratie telle qu’elle était envisagée par les figures de l’opposition.. Agathon Rwasa, par exemple, accuse le pouvoir de n’offrir qu’une façade, où le parti au pouvoir remplace la nation et où les élections sont pré‑programmées.. Le président, quant à lui, affirme que le processus de désignation du candidat du CNDD‑FDD repose sur le consensus interne, laissant planer l’incertitude sur l’élection de 2027.. Cette ambiguïté alimente les rumeurs d’une possible candidature du chef de l’État, tout en renforçant le sentiment d’opacité politique.

Le contexte historique aide à comprendre cette tension.. Depuis les accords d’Arusha, le Burundi a connu des cycles de violence, d’exil et de répression.. Les leaders opposés cités par le journaliste vivent en exil depuis 2015, après que le gouvernement a restreint l’espace public.. Cette fuite massive a laissé un vide dans le débat démocratique, rendant les interventions du président d’autant plus sensibles.. Le pays se trouve à la croisée des chemins entre un désir de stabilité et une exigence croissante de transparence.

Pour les Burundais ordinaires, les enjeux vont au-delà des mots.. Le président a qualifié de « voleurs » les médecins qui émigrent, rappelant que l’État finance leur formation.. Cette déclaration a choqué les familles dont les enfants ont quitté le pays pour exercer à l’étranger, laissant derrière elles des revenus qui auraient pu soutenir le système de santé local.. Le sentiment d’abandon se mêle à la frustration de voir les ressources publiques gaspillées.

Le dossier de l’avion présidentiel, un Gulfstream GIV‑1151 acheté en 2016 pour 8,5 millions de dollars, symbolise le problème plus large de la gestion des actifs de l’État.. Immobilisé à Madrid depuis 2017, l’appareil coûte chaque année 500 millions de francs burundais en stationnement et entretien.. Les dépenses récurrentes, malgré l’absence d’utilisation, alimentent les accusations de mauvaise gouvernance.. Selon des analystes de Misryoum, ce cas révèle des failles institutionnelles qui nuisent à la confiance des citoyens.

Lors d’une session parlementaire de 2024, le député Pamphile Malayika a interpellé le gouvernement sur le coût annuel de l’avion.. L’ancienne ministre du Commerce, Marie‑Chantal Nijimbere, a expliqué que les fonds couvraient le stationnement et les réparations, tout en admettant l’existence de problèmes techniques.. Le président Ndayishimiye a ajouté que le manque de documents essentiels empêche toute remise en état, et qu’il hésite à vendre l’appareil de peur de susciter des accusations de « mauvaise gestion ».. Cette réticence montre la difficulté à concilier responsabilité financière et image politique.

Les observateurs prévoient que l’incertitude autour de l’élection de 2027 pourrait s’intensifier si les appels à un dialogue national restent lettre morte.. Les voix comme celle d’Agathon Rwasa demandent une refondation des bases démocratiques, tandis que des acteurs comme Kefa Nibizi dénoncent une « dictature de fait » où le pouvoir s’enferme derrière des institutions.. La pression croissante des groupes de la société civile et des diasporas pourrait forcer le gouvernement à ouvrir davantage le débat, sous peine de perdre le soutien populaire nécessaire à la stabilité.

En fin de compte, l’interview controversée a mis en lumière les fractures d’un système politique qui se veut à la fois stable et ouvert.. Les réponses du président, mêlant métaphores et refus de prise de position claire, ont laissé les Burundais avec plus de questions que de réponses.. La gestion de l’avion, les accusations contre les médecins migrants et les doutes sur la prochaine élection sont autant de signes que le pays doit réévaluer ses priorités afin de restaurer la confiance et de garantir une véritable démocratie.