Paysage médiatique guinéen : un diagnostic sans concession de la HAC

Le président de la HAC dresse un bilan critique de la presse guinéenne, pointant du doigt un manque de leadership, la faiblesse des syndicats et des dérives déontologiques préoccupantes.
Le paysage médiatique guinéen traverse une zone de fortes turbulences, marquée par une crise structurelle profonde qui interroge l’avenir même de la profession.
En ouverture de son intervention, le président de la Haute Autorité de la Communication (HAC) a rendu un vibrant hommage aux pionniers de la presse nationale.. En rappelant le parcours d’Assoumane Bangoura, il a souligné que l’éthique, l’indépendance et la dignité constituaient autrefois les piliers inébranlables de l’exercice journalistique, des valeurs qui doivent aujourd’hui servir de boussole aux jeunes générations face aux défis contemporains.
Cette réflexion sur l’héritage permet de mieux comprendre l’urgence de réformer un secteur qui peine à s’adapter aux réalités économiques actuelles, faute de vision collective.
Boubacar Yacine Diallo a ensuite dressé un état des lieux sans détour, affirmant que la presse écrite guinéenne souffre d’un déficit criant de leadership.. Selon lui, de nombreux organes de presse échouent à se transformer en entreprises pérennes, privilégiant une gestion individualisée qui fragilise l’ensemble de l’écosystème médiatique et précarise ses acteurs.
La question du syndicalisme a également été abordée avec une franchise rare.. Le président de la HAC a émis des réserves quant à l’efficacité réelle des organisations syndicales actuelles, leur reprochant un manque de représentativité et une incapacité à porter une voix forte, constructive et nuancée face aux mutations du secteur.
Par ailleurs, le responsable a tenu à clarifier sa position sur la dépénalisation des délits de presse.. Bien qu’il se revendique comme un fervent défenseur de cette mesure, il constate que cette liberté retrouvée a parfois basculé dans une irresponsabilité regrettable, poussant la HAC à agir avec une vigilance accrue pour faire respecter les textes en vigueur.
Dans ce contexte, le défi majeur reste de concilier la liberté fondamentale d’informer avec les obligations déontologiques, afin d’éviter que le journalisme ne devienne un instrument de discorde ou de désinformation.
Le président de la HAC a conclu en exhortant les journalistes à une introspection rigoureuse.. Pour lui, chaque professionnel doit se poser une question simple avant de diffuser une information : accepteraient-ils que ce même contenu soit publié à leur sujet ?. Une forme d’éthique de réciprocité essentielle pour restaurer la crédibilité du métier.
En somme, cet appel souligne que la survie et la respectabilité de la presse guinéenne ne dépendent pas uniquement des soutiens étatiques, mais d’une volonté interne de professionnalisation et d’un retour aux fondamentaux déontologiques.