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Diplôme égal crédit : et si le Burundi osait ?

La Tanzanie étudie l’usage des diplômes comme garantie bancaire. Au Burundi, une réforme semblable pourrait débloquer l’entrepreneuriat, malgré la difficulté persistante d’accès au crédit.

La proposition tanzanienne relance une question sensible : et si, au Burundi, le diplôme devenait enfin un levier économique.

Le pari tanzanien face au chômage des jeunes

En Tanzanie, une idée défendue au Parlement fait son chemin : permettre aux jeunes diplômés d’utiliser leurs certificats de formation comme garantie pour obtenir un prêt bancaire.. À première vue, la mesure peut surprendre.. Mais elle touche une mécanique bien connue de la région : beaucoup de jeunes, malgré leur formation, restent exclus du système financier faute de garanties matérielles.

En pratique, l’écart entre formation et accès au crédit crée un frein direct à l’emploi.. Le raisonnement est simple : quand on n’a ni terrain, ni logement, ni actifs à hypothéquer, un projet peut rester bloqué dès l’étape du financement.. Misryoum voit aussi la même logique à l’œuvre dans les économies où l’emploi stable est rare et où les revenus démarrent souvent par petites activités.

Pourquoi le Burundi est concerné, malgré ses programmes

Au Burundi, la jeunesse représente une part importante de la population et le chômage des jeunes constitue un défi structurel.. Misryoum ne manque pas de le constater : les diplômés, notamment ceux sortant des universités et des filières techniques, se heurtent souvent à un marché du travail limité.. Dans cet entre-deux, l’entrepreneuriat apparaît comme une alternative, mais il se heurte aussitôt à une barrière très concrète : le manque de capitaux de lancement.

Les programmes existent, et le gouvernement a aussi tenté de répondre.. Misryoum rappelle la création de la Banque d’Investissement pour les Jeunes (BIJE), portée par une vision claire : réduire le chômage en finançant les projets des jeunes, pour développer des activités génératrices de revenus.. La BIJE a été annoncée par décret le 23 septembre 2019 et elle est fonctionnelle depuis le 15 avril 2020.. Sur le papier, l’objectif est cohérent : combattre le chômage ne peut pas reposer uniquement sur le recrutement dans la fonction publique.

Le nœud des garanties : le diplôme comme “preuve de potentiel”

Reste un problème qui revient dans les discussions sur l’accès au crédit : la garantie.. Même quand l’institution est publique, la prudence bancaire demeure.. Avant de prêter, beaucoup d’acteurs exigent des garanties, et la BIJE fonctionne aussi selon des critères liés notamment à la structuration des jeunes en associations, en coopératives ou dans le cadre d’une entreprise conforme au droit burundais.

Le résultat est un cercle vicieux.. Misryoum décrit un scénario fréquent : un jeune cherche un crédit pour entreprendre, mais il n’a pas de richesse à hypothéquer, ni de chiffre d’affaires à présenter.. Or, c’est souvent précisément cette preuve de solvabilité qui conditionne l’octroi.. La Tanzanie propose alors une manière de contourner l’obstacle : accepter le diplôme non comme un objet, mais comme le signe d’une capacité à produire, à apprendre, et à rembourser via un projet.

Dans cette logique, le diplôme devient une passerelle.. Pas parce que le papier “vaut” financièrement, mais parce qu’il porte une compétence et une promesse de productivité.. Misryoum comprend l’intention : dans un contexte où les actifs matériels manquent, transformer une formation en capital mobilisable pourrait aider à passer de l’attente à l’action.

Ce que cela changerait au quotidien pour les jeunes

Pour mesurer l’impact, il faut regarder le quotidien des entrepreneurs débutants.. Misryoum se penche sur un exemple typique : une jeune entrepreneure qui a une idée et veut démarrer, mais qui se heurte à l’absence d’actifs acceptés en garantie.. Quand le financement tarde, l’activité ne démarre pas.. Quand l’activité ne démarre pas, l’expérience productive tarde aussi.. Autrement dit, la formation reste parfois bloquée dans une valeur “symbolique”, alors qu’elle pourrait devenir un point de départ.

Une réforme du type “diplôme égal crédit” pourrait donc agir comme un déclencheur.. Elle ne supprimerait pas toutes les difficultés, mais elle viserait un moment précis : celui où le jeune doit convaincre une banque sans disposer d’un patrimoine.. Si ce verrou se desserre, davantage de projets pourraient entrer dans la phase de lancement, avec des effets en chaîne sur l’emploi et l’activité locale.

Le vrai enjeu : fiabilité, évaluation et accompagnement

Mais la mesure mérite des garde-fous.. Misryoum pense notamment à la manière d’évaluer la “valeur” d’un diplôme pour un prêt : quel niveau de formation ?. quels domaines ?. quelles conditions de remboursement ?. et comment éviter que la garantie ne devienne une simple formalité.. Il faudra aussi articuler le crédit avec un accompagnement réel : formation à la gestion, suivi de projet, appui à la commercialisation.

Sans ces éléments, un prêt basé sur le diplôme pourrait se heurter au même mur ailleurs : le manque de débouchés, la faiblesse du marché, ou l’insuffisance des compétences entrepreneuriales.. L’intérêt de la Tanzanie, au fond, est d’ouvrir un débat sur l’adéquation entre l’investissement dans la jeunesse et l’accès au capital.. Si le Burundi s’en inspire, la question ne devrait pas être seulement “peut-on garantir avec un diplôme ?”, mais “comment faire pour que la garantie soit liée à une trajectoire de revenus ?”.

En clair, Misryoum estime que la réforme pourrait être une opportunité si elle s’accompagne d’un cadre rigoureux.. Le diplôme n’a pas vocation à remplacer l’analyse du risque.. Il pourrait, en revanche, aider à briser la première barrière : celle qui exclut les jeunes du crédit dès le départ.. Et si le Burundi osait, l’enjeu serait de transformer la formation en projets concrets — avec des règles adaptées, et une chance réelle donnée à ceux qui cherchent à démarrer.