Chine-Madagascar : l’exonération douanière ouvre une nouvelle fenêtre commerciale

Madagascar bénéficie désormais d'un accès sans droits de douane au marché chinois. Un levier stratégique qui impose toutefois aux exportateurs de nouveaux défis techniques.
La Chine élargit son offensive commerciale en direction du continent africain.. Depuis le 1er mai 2026, Pékin applique un régime de droits de douane nuls à l’ensemble des pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques.. Au total, 53 pays sur 54 sont concernés, l’Eswatini restant le seul État africain exclu du dispositif.. Cette décision place Madagascar dans une position stratégique, même si la Grande Île bénéficiait déjà d’un traitement préférentiel depuis plusieurs mois..
Pour Madagascar, l’exonération couvre désormais 100 % des lignes tarifaires.. Cela signifie que, sur le principe, tous les produits d’origine malgache peuvent accéder au marché chinois sans paiement de droits de douane à l’entrée.. Cette ouverture ne se limite donc pas à quelques filières ciblées.. Elle englobe les produits agricoles, halieutiques, miniers, artisanaux ou industriels, sous réserve du respect des procédures chinoises, notamment les règles d’origine, les normes sanitaires et les contrôles de qualité.. Dès
le 25 décembre 2023, 98 % des produits malgaches profitaient déjà d’un tarif nul ; depuis le 1er décembre 2024, cette couverture a été portée à 100 %.. Dans les échanges actuels, plusieurs produits malgaches apparaissent comme les premiers bénéficiaires de cette dynamique.. Les clous de girofle, l’huile essentielle de girofle, les crevettes et les matériaux de construction en pierre figurent parmi les exportations qui ont déjà trouvé leur place sur le marché chinois.. Les
produits de la mer, les poissons marins ornementaux, la viande ovine et caprine, ainsi que les arachides décortiquées, font également partie des filières suivies de près.. Des discussions ou études portent aussi sur d’autres produits, comme la viande avec os ou les haricots mungo.. Selon l’ambassade de Chine à Madagascar, les exportations malgaches vers la Chine ont dépassé les 200 millions de dollars par an au cours des trois dernières années.. À l’échelle africaine, le
dispositif se déploie en deux temps.. Les 33 pays africains classés parmi les moins avancés, dont Madagascar, profitaient déjà du tarif zéro sur toutes les lignes tarifaires depuis décembre 2024.. Depuis le 1er mai 2026, la mesure est élargie à 20 pays africains non classés parmi les moins avancés : Algérie, Botswana, Cap-Vert, Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire, Égypte, Guinée équatoriale, Gabon, Ghana, Kenya, Libye, Maurice, Maroc, Namibie, Nigeria, Seychelles, Afrique du Sud, Tunisie et Zimbabwe..
Pour ces vingt pays, l’avantage est prévu pour deux ans, jusqu’au 30 avril 2028.. Mais l’absence de droits de douane ne garantit pas automatiquement une percée commerciale.. Les opérateurs malgaches devront encore franchir plusieurs étapes décisives : produire en quantité suffisante, maintenir une qualité constante, respecter les normes chinoises, sécuriser les certificats d’origine et maîtriser la logistique.. Le risque est clair : un produit exonéré peut toujours être refusé s’il ne répond pas aux exigences
techniques ou sanitaires du pays importateur.. C’est sur ce point que les acteurs économiques locaux appellent à un accompagnement plus structuré.. La création d’un bureau de liaison entre Madagascar et la Chine est notamment évoquée pour aider les exportateurs à comprendre les procédures, accélérer les échanges d’informations et faciliter la mise en relation avec les acheteurs chinois.. Pékin annonce aussi des mesures d’appui, dont des « corridors verts », des plateformes d’exposition et de vente,
ainsi que le développement du commerce électronique transfrontalier.. L’enjeu dépasse donc la simple baisse tarifaire.. Pour Madagascar, cette ouverture peut devenir un levier industriel si elle permet de sortir progressivement d’un modèle dominé par les matières premières.. L’objectif serait de vendre davantage de produits transformés, mieux conditionnés et plus compétitifs.. Dans un contexte où l’avenir de l’AGOA reste fragile pour les exportateurs malgaches tournés vers les États-Unis, le marché chinois apparaît comme une piste de
diversification majeure.