Cameroun : Le grand décompte national lancé après 21 ans de brouillard statistique

Le RGPH-4 au Cameroun démarre après 21 ans d’attente. Du 24 avril au 29 mai 2026, l’État veut des chiffres fiables et mieux cibler investissements et politiques publiques.
Au Cameroun, le prochain décompte national n’attend plus. Le RGPH-4 démarre ce vendredi 24 avril 2026 après plus de deux décennies d’écarts et de projections.
Sur toute l’étendue du territoire, des milliers d’agents recenseurs s’installent dans les quartiers, les routes secondaires et les zones plus difficiles d’accès.. L’objectif est simple à dire, plus complexe à réaliser : sortir le pays de l’approximation et disposer d’une photographie à jour.. Le quatrième Recensement Général de la Population et de l’Habitat doit couvrir la période allant du 24 avril au 29 mai 2026, avec une mobilisation qui vise autant la collecte que la préparation.
À Yaoundé, l’ambiance est déjà celle d’une opération qui se met en place.. Aline, agente de recensement, attend devant un portail, son terminal numérique en main.. Sa tournée du matin s’inscrit dans une logique de repérage : identifier les foyers, puis revenir pour le recensement proprement dit une fois le terrain balisé.. Dans son secteur, la mission commence par l’essentiel — compter les personnes dans le ménage et déterminer si elles exercent une activité agropastorale — avant d’enchaîner sur l’interrogatoire plus complet.
Le dispositif ne se limite pas à un simple comptage de population.. Le RGPH-4 se distingue par son couplage avec le recensement de l’agriculture et de l’élevage.. L’État veut relier le nombre d’habitants à la manière dont ils produisent, pour mieux comprendre les réalités économiques locales.. Sur le terrain, un superviseur explique que la méthode passe par la numérotation des structures et l’identification des ménages présents, de façon à estimer, dans chaque zone, le volume des structures et, par ricochet, la population.
Dans les bureaux de l’Institut National de la Statistique (INS), on insiste sur la participation citoyenne.. À ce stade, chaque réponse conditionne la fiabilité globale des résultats, surtout dans un pays où la géographie varie fortement d’une région à l’autre.. L’enjeu n’est pas seulement statistique : de ces données dépendront des choix concrets, notamment pour orienter les politiques de santé, d’éducation et d’infrastructures.. Sans chiffres solides, les programmes risquent de manquer de précision, ou d’être calibrés à partir d’hypothèses.
Pendant longtemps, la décision publique a dû composer avec des estimations annuelles souvent discutées.. Depuis le dernier dénombrement de 2005 — qui affichait alors un compteur à environ 17 millions d’âmes — le Cameroun a changé d’échelle.. L’urbanisation s’est accélérée, les crises sécuritaires ont déplacé des populations et la dynamique démographique a continué de modifier la carte sociale.. Dans ce contexte, l’ancien jeu de données n’était plus suffisamment fidèle pour guider des arbitrages à long terme.
Ce que beaucoup retiennent aujourd’hui, c’est l’ampleur du défi : couvrir des zones rurales reculées, traverser des espaces urbains denses et faire face aux régions touchées par l’instabilité.. Derrière le calendrier annoncé, il y a une course de précision.. Car au-delà du chiffre global — que certains jugent déjà au-delà de 30 millions d’habitants — c’est la radiographie des conditions de vie qui déterminera la pertinence des réformes à venir.
Pour les ménages, l’impact est plus direct qu’on ne le croit.. Un recensement peut sembler abstrait, mais il conditionne la manière dont les besoins seront traduits en budget, en services et en aménagements.. Quand les données sont plus justes, les priorités ont davantage de chances d’être alignées avec le terrain : qui a besoin de quelle école, où planifier les infrastructures, comment organiser des interventions sanitaires cohérentes.
À l’heure où l’on parle de “boussole nationale”, la promesse est aussi une question.. Les résultats du RGPH-4 viendront-ils corriger durablement le déficit de confiance né des estimations successives ?. À Misryoum, l’attention se porte sur la suite : au moment où les données sortiront, il faudra éviter que l’effort de terrain ne s’éteigne dans le temps administratif.. La trajectoire des dix prochaines années dépendra de la capacité à transformer ces chiffres en décisions lisibles, et en actions effectivement ciblées.