Trêve politique au Bénin : nécessité d’une note de cadrage

Au Bénin, la « trêve politique » déclenchée après la présidentielle divise. Misryoum appelle à un encadrement clair pour éviter les interprétations divergentes.
Au Bénin, la « trêve politique » annoncée après la présidentielle crée un nouveau terrain de débat: et pour Misryoum, l’enjeu n’est pas seulement juridique, il est surtout pratique.
Depuis le 23 avril 2026, le pays est officiellement entré dans une période de « trêve politique », rattachée à la révision constitutionnelle de novembre 2025 et située à l’article 5.1 de la Loi fondamentale.. Dans ce contexte, les interprétations divergent, d’autant plus que la période s’ouvre sans décret d’application, laissant aux acteurs le soin de définir, chacun à sa manière, ce qui serait permis ou non.
Dès lors, une question revient avec insistance: faut-il une note de cadrage, ou une auto-saisine de la Cour constitutionnelle, pour éviter que la règle ne se transforme en zone grise ? Misryoum estime que sans cadre lisible, les tensions risquent moins de s’apaiser que de se déplacer.
L’un des points qui cristallisent les discussions tient à la terminologie.. Le Professeur Théodore Holo, ancien président de la Cour constitutionnelle, considère que l’expression « trêve politique » est inadaptée.. Selon lui, le mot « trêve » renvoie à une suspension de l’activité politique, alors même que la mission des partis et la dynamique démocratique supposent l’existence d’une contradiction.
Dans cet esprit, la contestation ne devrait pas disparaître, mais changer de forme.. Pour Orden Alladatin, la trêve signifierait plutôt que, une fois le président en place et son projet soumis à l’approbation du peuple, l’opposition ne pourrait plus refuser l’exécution des décisions adoptées.. Critiquer et proposer seraient alors possibles, mais dans un cadre qui exclurait le blocage pur et simple.
Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’opposition, lorsqu’elle est canalisée, peut devenir un garde-fou. Misryoum souligne que la démocratie n’a pas besoin d’un silence imposé, mais d’une discipline partagée du débat.
Du côté des médias, la question prend une autre dimension.. À l’occasion de la journée internationale de la liberté de la presse, Misryoum rapporte qu’Édouard Loko, président de la HAAC, a rappelé une ligne claire: les médias ne doivent pas se substituer aux acteurs politiques pour fabriquer la polémique.. L’intention est affichée, mais elle ouvre un dilemme concret: comment tracer la frontière entre information et polémique, surtout en l’absence de balises détaillées ?
Or, là où le droit constitutionnel ne renvoie pas à une mise en œuvre plus précise, le risque est celui d’une lecture extensive. Misryoum estime que, dans le doute, certains professionnels peuvent être tentés de s’autocensurer, moins par choix éditorial que par prudence juridique.
Le cœur du problème tient aussi à la nature de la norme.. L’article 5.1, en tant que disposition constitutionnelle, ne s’accompagne pas d’un décret d’application destiné à préciser les contours.. En conséquence, la marge d’interprétation demeure large, et les abus deviennent plus difficiles à prévenir.
Dans ce contexte, Misryoum juge qu’une intervention institutionnelle serait opportune pour fixer la règle du jeu.. Une note de cadrage, même moins solennelle qu’un décret, pourrait définir administrativement ce qui relève des activités autorisées et ce qui ne le serait pas: réunions, formation des militants, ou encore formes de critiques jugées compatibles avec la période.. Mais la voie la plus crédible pourrait aussi passer par une auto-saisine de la Cour constitutionnelle, afin d’établir une doctrine de principe.
Enfin, cette réflexion n’a pas pour objectif de figer la vie politique, mais de la rendre plus lisible pendant une séquence sensible.. Misryoum conclut que si la trêve doit servir à stabiliser le climat social après des périodes électorales parfois tendues, elle ne doit pas devenir un renoncement au pluralisme.