Bally Bagayoko face à Macron : entre remerciements et critiques

Il y avait une odeur particulière mardi soir à Saint-Denis, ce mélange de bitume humide et d’agitation protocolaire qui accompagne toujours les visites présidentielles. Bally Bagayoko, le maire LFI, attendait ce moment. Il a bien serré la main d’Emmanuel Macron, un geste républicain, certes, mais qui portait en lui tout le poids des derniers mois. Depuis son élection, l’élu fait face à une vague de commentaires racistes et des attaques publiques, notamment sur des chaînes télévisées. Une plainte a été déposée, le parquet s’en est mêlé — c’est le minimum, non ?
Le président, venu pour le concert annuel de la Légion d’honneur, a tenté de se montrer rassurant. Selon les retours recueillis par Misryoum, il a fermement condamné ces actes, affirmant son intransigeance. Mais pour Bagayoko, les paroles ne suffisent plus. Il a donc profité de cette brève rencontre pour remettre un courrier, quatre pages bien serrées, et un t-shirt symbole de la lutte contre le racisme.
Le maire a été clair avec Misryoum : ce soutien présidentiel arrive bien tard, alors que la violence verbale était à son comble. C’est un peu le nœud du problème, cette impression que les choses ne bougent que lorsqu’il est presque trop tard, ou peut-être est-ce juste une question de calendrier politique. Difficile à dire.
Au-delà du racisme, le courrier pointe les manques criants de l’État à Saint-Denis. On parle d’une ville de 150 000 habitants qui étouffe. Bagayoko dénonce les coupes dans la carte scolaire pour 2026 et les files d’attente interminables à la sous-préfecture pour les titres de séjour. Des situations qui brisent des vies, des emplois perdus, des galères pour se loger… Le maire a résumé la situation avec une certaine lassitude : « ce que j’observe, c’est que c’est insuffisant ».
Il a aussi profité de l’occasion pour mettre fin aux rumeurs sur sa politique locale. Non, il ne supprimera ni la police municipale ni la vidéoprotection. Il insiste : les effectifs de la police nationale sont structurellement insuffisants, voilà le vrai sujet. C’est un peu frustrant de devoir se justifier sur des fake news alors que les enjeux sont si lourds pour les habitants.
Le 3 mai, une marche contre le racisme est prévue à Paris. Bagayoko a invité le chef de l’État à y participer, dans le prolongement de la mobilisation du 4 avril à Saint-Denis. Il veut créer une jonction, un lien entre la capitale et la banlieue. Est-ce que le message sera entendu ? On verra bien. En tout cas, le maire se tient prêt à avancer concrètement, si le gouvernement le veut bien. Enfin, s’ils ont le temps pour ça.