3e lien : les citoyens soulagés d’un corridor central abandonné

À Québec, il y a comme un petit relâchement dans l’air. Après des mois où le tracé au centre faisait peur, plusieurs citoyens ont enfin l’impression d’avoir un dossier qui s’éteint… du moins en partie.
L’enjeu, c’est le troisième lien — et plus précisément la crainte d’un projet installé dans le corridor central. Les citoyens qui craignaient l’impact de cette option poussent un soupir de soulagement, avec l’élection de Christine Fréchette, qui a rejeté cette approche. Lors de la course à la chefferie, la première ministre désignée a aussi été claire: elle abandonnerait le corridor central pour ramener le troisième lien à l’est, à la condition que le privé soit de la partie.
Dans le quartier Saint-Sauveur, là où la version centrale du pont-tunnel débouchait, Myriam Nickner-Hudon, présidente du conseil de quartier, dit que ça change vraiment le ton. « On a niaisé les gens assez longtemps avec ça. Ça n’avait juste pas d’allure, ce projet-là […] Ça va être plaisant de ne plus avoir à parler du troisième lien ! » Et à l’instant où elle le lâche, on sent que la lassitude a pesé plus lourd que la discussion technique — un peu comme quand, dans un conseil de quartier, quelqu’un répète toujours la même question et que tout le monde finit par regarder ailleurs.
L’incertitude se lève, disent-ils. « Pour le secteur Saint-Malo, ça confirme que certains promoteurs qui avaient des projets peuvent les faire », précise-t-elle. Pour Mme Nickner-Hudon, l’argumentaire sur les coûts potentiellement faramineux et sur la présence du privé nécessaire laisse entrevoir que le projet « ne se fera pas » — ou, au minimum, pas sur les mêmes bases. À Vanier, le président du conseil de quartier Pierre-Marc Doucet est aussi soulagé d’avoir évité une situation « catastrophique ». « On est vraiment contents […] C’est salutaire. On avait voté une résolution contre le corridor. On est réjouis de la situation. »
Mais ce n’est pas un feu vert au calme complet. Les enjeux de mobilité demeurent criants, et certains y voient aussi une occasion pour le gouvernement de passer à l’action ailleurs: donner le feu vert à la conversion de l’autoroute Laurentienne en boulevard urbain. « On est soulagés, mais on est quand même inquiets d’un corridor qui passerait par l’est », souligne Jean-Louis Vallée, de la Société d’histoire de Sillery, qui — avec d’autres organismes — organise une mobilisation pour la protection des paysages patrimoniaux.
Sur la dimension patrimoniale, le retrait du corridor central épargne le site de Sillery. Pourtant, les plaines d’Abraham, le Vieux-Québec et l’île d’Orléans ne seraient pas à l’abri, selon lui. « Faire un troisième lien, actuellement, c’est pas une idée extraordinaire, parce que ça va briser les paysages patrimoniaux qu’on retrouve sur le territoire. » L’ancienne ministre et ex-mairesse de Sillery, Margaret Delisle, elle aussi dans le groupe de pression, salue la fin de la menace d’un tunnel plongeant dans la falaise sous le parc du Bois-de-Coulonge. « La construction d’un pont à Québec, à cet endroit, c’était complètement irréalisable. Les gens n’en voulaient vraiment pas, il y avait une opposition très forte à briser le paysage patrimonial de Québec. »
Les sommes et les rebondissements rappellent à quel point le dossier a remué depuis des années. Depuis 2018, 46,9 M$ ont été dépensés au cours des deux mandats caquistes, sur les 275 millions $ débloqués pour étudier le dossier d’affaires du troisième lien. Parmi cette somme, 12,2 M$ ont été dépensés spécifiquement pour le corridor central, en date du 31 décembre dernier. Le ministère des Transports indique aussi, à la hauteur de février 2026, une
chronologie de « sept moutures ». On passe d’un tunnel à l’est (27 juin 2019) à un tunnel de centre-ville à centre-ville (29 janvier 2020), puis à un monotube annoncé à 6 à 10 G$ (17 mai 2021), avant une réduction à 6,5 milliards (14 avril 2022). Le scénario change encore en 20 avril 2023, quand le projet routier est abandonné au profit d’un lien réservé exclusivement au transport collectif, puis le 13 juin 2025
revient avec un pont-tunnel dans le corridor central. Enfin, le 17 février 2026, Christine Fréchette tourne le dos à ce scénario: elle annonce qu’un pont à péage dans l’est de Québec sera construit, avec une condition de partenariat avec le privé. Son élection le 12 avril « met le clou dans le cercueil du projet central », et maintenant… la vraie question, pour plusieurs, c’est jusqu’où le prochain tracé ira, et ce que ça coûtera
vraiment.
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