« 1 + 1 = 11 » : l’exposition-atelier de Misryoum qui transforme les enfants en auteurs

À Montpellier, l’exposition-atelier « 1 + 1 = 11 » est maintenue comme hommage à Fabien Verschaere. Un jeu-parcours immersif dès 4 ans, où les enfants deviennent acteurs de l’œuvre.
À Montpellier, l’exposition-atelier « 1 + 1 = 11 » se poursuit malgré une disparition brutale : Fabien Verschaere, l’artiste à qui elle rend hommage, est décédé le 9 avril à 50 ans, à la veille d’être fait chevalier des Arts et des Lettres.. Chez Misryoum, on retiendra surtout la décision de maintenir le projet, en lien avec sa famille, pour que son univers continue de vivre au cœur du musée.
Le cadre choisi est celui du musée Parcelles 473, avec Laurent Rigail, directeur de l’établissement, qui avait déjà tissé des liens avec l’artiste par le passé.. Ami et galeriste de longue date, il a décidé, en concertation avec la famille de Fabien Verschaere, de ne pas interrompre l’exposition prévue à Montpellier le 18 avril.. L’événement prend ainsi une dimension particulière : un hommage, certes, mais aussi une continuité, comme si l’atelier et la visite pouvaient prolonger la voix singulière de l’artiste.
Fabien Verschaere, formé à l’École des Beaux-Arts de Paris (diplômé en 2000) puis à Nantes (en 2001), s’est imposé sur la scène contemporaine avec une esthétique qui semble spontanément enfantine.. Pourtant, derrière cette apparente légèreté, le travail n’est pas simple décor.. Atteint d’une maladie génétique rare qui a entravé sa croissance et l’a amené, enfant, à de longs séjours à l’hôpital, il a trouvé dans le dessin une échappatoire, un langage.. Cette origine donne un relief particulier à ses œuvres : elles ne se contentent pas d’inviter à regarder, elles ouvrent un espace pour ressentir.
Chez Misryoum, ce qui frappe dans le récit de l’exposition, c’est la façon dont elle transforme un univers visuel foisonnant en expérience de participation.. Laurent Rigail décrit un monde où se mêlent références médiévales, culture populaire, bande dessinée et imaginaire d’enfance.. Les œuvres peuplent le regard de créatures étranges et colorées, naviguant entre rêve et cauchemar, humour et inquiétude, avec une intention qui reste claire : construire un espace ludique, mais profondément poétique.
L’exposition « 1 + 1 = 11 » fonctionne alors comme une aventure immersive.. Misryoum insiste sur le point central : la visite n’est pas pensée pour que les enfants restent passifs.. Dès 4 ans, les familles sont invitées à parcourir un jeu-parcours qui évoque une forêt enchantée, habitée par des personnages mystérieux nés du dessin de Fabien Verschaere.. Tout au long de la découverte, les jeunes participants sont invités à relever des défis, manipuler, expérimenter et faire des choix.. Ce sont ces choix qui dessinent progressivement leur propre parcours, jusqu’à l’arrivée vers un château miroitant.
Le bénéfice, au-delà de la sortie “pour les vacances”, tient à la pédagogie implicite de ce type d’atelier.. Quand un musée propose une œuvre qui se construit avec l’enfant — en manipulant, en décidant, en explorant — il change la relation au visible.. L’enfant n’est plus seulement spectateur, mais acteur de l’œuvre, comme le résume Laurent Rigail.. Concrètement, cela signifie que la visite devient une suite d’expériences : des étapes, des essais, de la curiosité.. On imagine facilement la différence avec une simple visite guidée, où le rythme est surtout celui de l’adulte.
Sur le plan émotionnel, le maintien de l’exposition après le décès de l’artiste renforce encore ce sentiment de continuité.. Sans surjouer la gravité, il y a quelque chose de profondément humain dans l’idée que l’univers de Fabien Verschaere peut continuer à être “joué” par les enfants.. Pour les familles, c’est aussi une manière d’honorer sa mémoire sans le figer : on ne visite pas une relique, on entre dans un monde.. Et ce monde, à la fois ludique et poétique, permet de traverser des émotions complexes — l’inquiétude, le rêve — avec la distance rassurante du jeu.
Enfin, Misryoum voit dans ce dispositif un signe plus large : les expositions pour enfants évoluent vers des formats hybrides, entre exposition et atelier, entre création collective et immersion.. Ici, l’enjeu est double : transmettre un regard artistique et donner aux enfants la place qui leur revient.. Si l’idée inspire d’autres lieux, on pourrait assister à davantage de parcours interactifs conçus comme des “récits” visuels.. Pour cette semaine à Montpellier, en tout cas, une chose est sûre : le château miroitant n’attend pas seulement les visiteurs, il attend leurs choix.